Quoi de mieux qu’un peu de vitamines cinématographiques pour reprendre le fil d’une chronique trop longtemps abandonnée pour de bonnes et de mauvaises raisons ?! Lesdites vitamines se trouvent actuellement en vente libre dans toutes les bonnes salles de cinéma. Il suffit de se présenter aux caisses et de dire à haute et intelligible voix : « Une place pour « Ensemble nous allons vivre, etc, », s’il vous plait ». Et tant pis si vous perdez ainsi le plaisir de prononcer intégralement le titre du nouveau film de Pascal Thomas : « Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour ». Il est pourtant le premier indice d’une filiation italienne des plus délectables. Dans sa grande époque en effet, la défunte et fameuse « comédie à l’italienne » affectionnait de temps à l’autre l’emploi de cers titres à rallonge cauchemars ambulants des amnésiques et des directeurs de salles obsures. On se souvient ainsi de « Nos trois héros retrouveront-ils leur ami mystérieusement disparu en Afrique ? » ou de « Fais-moi très mal mais couvre-moi de baisers ». Cet héritage, Pascal Thomas le revendique totalement à travers un crédit scénaristique originel attribué au trio mythique : Age, Scarpelli, Risi. Autant dire la crème de la crème de l’âge d’or du film transalpin. Le temps où la comédie italienne, entre D.C. et P.C., pouvait pointer tous les travers de la société, tout en se moquant ouvertement des mâles, des curés, des amoureux, des maris, des amants, des ouvriers, des patrons, des pauvres, des puissants, j’en passe et des plus nombreux. Bref, de la terre entière, sans tabou, ni retenue d’aucune sorte. Il a fallu la convergence de plusieurs phénomènes pour que cesse définitivement cette vague cinématographique décapante qui avait engendré quelques beaux monstres et cela sans le sommeil de la raison, bien au contraire. A ce débit, on pourrait citer Craxi, la RAI et son éminence berlusconienne. Mais peu importe les causes, seule demeure la vision d’un cinéma italien que seul Moretti ou presque fait vivre. Nécessaire (ô combien) mais pas suffisant. Indispensable mais frustrant.Alors, il faut remercier Pascal Thomas et ses deux coscénaristes d’avoir ainsi relevé le flambeau d’une morte comédie dont la transposition hexagonale relève du petit miracle d’ingéniosité et de malice. Oui, tout dans cet « Ensemble, nous allons… » relève d’une malice judicieuse et réjouissante. Et d’abord le casting auquel il est difficile d’échapper tant il relève de l’incongruité volontaire. Il met en scène l’improblable rencontre entre l’interprète lumineuse de Lady Chatterlay et d’un chanteur de télé-crochet bien décidé à pulvériser les clichés. Elle, c’est Marina Hands, sorte de Belle-des-champs-à-dis-donne-nous-z-en-de-ton-fromage du Poitou, blonde comme les blés, versatile mais exigeante, dévouée mais passionnée, etc. Lui, c’est Julien Doré vrai Gardois à l’accent des Pyrénées pour cause de danse folklorique, coiffeur surdoué surtout à Lunel (34), prompt à proposer des pastilles à la réglisse et définitivement amoureux d’elle. Et pour faire un trio comme il se doit : le mari. Soit Guillaume Galienne dont on préfère ne rien dire ici tout bien considéré pour laisser la surprise. Sauf peut-être que Michel Serrault dans « Le Miraculé » aurait applaudi des deux mains, entende qui pourra.De fait trop raconter, ce serait mal se comporter à l’égard de celles et ceux qui n’ont pas encore vu ce film. Alors que le but ici est de leur donner l’envie, cet unique moteur de nos emballements cinéphiles. Une fille rencontre un garçon (ici Nicolas rencontre Dorothée, je ne vous dis pas leur nom de famille, car c’est cela la réussite du film : même leur nom de famille est un petit bonheur…). Oui, ensemble, ils vont etc. Seulement voilà, cette histoire-là on la connaît par cœur. Mais on a toujours envie de l’entendre. Mais enfin, elle est pleine de clichés. Oui, mais sans eux, que serions-nous, hein ? D’accord, mais quand même c’est un peu court comme scénario. Bon sang, c’est la vie même. Etc. Le film de Pascal Thomas, c’est la mise en pratique de ce dialogue dans un film dont le premier degré n’est autre que le positif du second et… inversement. Ce film, c’est d’abord un plaisir de scénaristes laissés en liberté, puis un bonheur de cinéaste transformé en conteur fou et dont le sens du rythme est époustouflant et d’acteurs aussi tenus que caracolant et enfin un ravissement de spectateurs enfin séduits qu’on le prenne par le rire pour lui parler d’émotions. Il y a donc du Risi et du Rozier dans ce Thomas. De la liberté grande et du plaisir absolu. Comme si la nécessité de ne pas se prendre au sérieux relevait d’un devoir impératif pour mieux atteindre tout le sérieux du plaisir. Comme si un film pouvait se donner pour programme la satisfaction immédiate d’un sourire qui flotte sur les lèvres. De ces petites utopies Pascal Thomas a fait un film. Un vrai film.Je me souviens de Bernard Menez chez Pascal Thomas et chez Jacques Rozier.

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