Revoir des films d’hier au risque du réel d’aujourd’hui. Deux exemples récents. L’un gai, l’autre triste. Ainsi vont et la vie et le cinéma.Commençons par le sourire (qu’en l’occurrence la morale réprouve quelque peu, mais là n’est vraiment pas la question). Ce matin, au réveil, ou plus précisément au petit-déjeuner, l’écoute des informations. Dans les brèves, un fait divers : l’escroquerie par une même personne d’une centaine d’autres, candidates à la location d’un même appartement, chèques de caution à l’appui. Ce n’est pas Madoff mais c’est un joli début. La petite arnaque pépère qui démontre que crise du logement parisien il y a toujours ! Or, figurez-vous qu’avant-hier, j’ai, par le plus grand des hasards, revu en DVD « L’Apprenti salaud », un petit bijou pas très connu signé en 1977 par Michel Deville avec Robert Lamoureux, Christine Dejoux, Claude Piéplu et Georges Wilson dans les rôles principaux. Or, il y a trente-deux ans, Deville nous contait les aventures d’Antoine Chaplot ex-quincailler devenu escroc de haut vol et dont l’entrée dans la carrière est l’organisation à Cannes de la location saisonnière d’un superbe appartement avec sur la mer à une… centaine de locataires potentiels qui tous lui ont envoyé un tiers de la location en acompte. Dans les deux cas (réalité et fiction), rien de très original, mais c’est la concordance des deux « informations » qui me réjouit. Et ce d’autant plus que je risque d’avoir été le seul dans ce cas-là. Si quelqu’un d’autre a vu ou revu « L’Apprenti salaud » cette semaine précisément et avant l’annonce dudit fait divers, je fonde l’association « Le hasard sera toujours plus fort que la fiction et la réalité réunies » (l’AHSTPFRR, pour aller vite). Hier, j’ai, comme chaque année ou presque, voulu revoir « Mado » de Claude Sautet. Parce que je considère cet opéra noir immobilier comme un pur chef d’œuvre rythmé par la musique de Philippe Sarde avec un casting xxl (Piccoli et Piccolo (!), Dutronc, Guiomar, Denner, Romy Schneider, Aumont, Fresson, Bouise, Dauphin. Il y a dix histoires dans ce film et bien plus de vrais personnages et les seconds rôles comptent vraiment. Il y a des histoires d’escrocs (encore !), des histoires de terrain et de promoteurs honnêtes ou véreux, il y a des jeunes loups et des vieux singes, il y a comme souven,t chez Sautet des cigarettes, de la pluie, des voitures sous la pluie, des voitures embourbées et puis un incroyable moment de convivialité, une fête improvisée, et un petit matin enfin. Il y a aussi non pas une mais des histoires d’amour entre Ottavia Piccolo et Michel Piccoli et Jacques Dutronc. Des histoires possibles ou impossibles. Mais belles. Il y a tout cela et bien plus encore dans ce film magnifiquement filmé par un Sautet virtuose. Et puis, il y a André Falcon, dans le rôle de Mathelin, dans l’un de ses rôles costumes-trois-pièces-cinquième-République-grosses-lunettes-et-serviette-en-cuir dont il avait le secret. Or, on a appris la semaine dernière la mort de cet acteur qu’on aimait tant. L’une de ces gueules du cinéma français qu’il est impossible d’oublier. Je ne me souvenais plus de sa présence dans « Mado ». Le revoir ainsi pour la première fois après l’annonce de sa mort, c’est comme un mauvais coup. La certitude que désormais, il n’y aura pas de nouveau plaisir à le voir dans un nouveau rôle.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Laisse- moi te regarder. Longtemps. Longtemps. »Stefan Zweig, « Voyage dans le passé »

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