Le palmarès officiel ne doit pas faire oublier d’autres prix remis au même moment à Cannes et qui ont leur importance. Ainsi celui de l’Education nationale dont le jury cette année était présidé par le cinéaste Pascal Thomas qui fit en début de Festival quelques déclarations malheureuses et surprenantes dans le contexte (j’ai consacré un post à ce… non événement !). Ce Prix revient au film de Xavier Beauvois « Des hommes et des dieux », un choix courageux, pertinent et fécond. Le film sera donc largement montré, analysé, discuté dans les collèges et les lycées permettant aux professeurs de multiplier les « angles d’attaque ». Le politique, le religieux, le spirituel et le prosaïque sont au centre du film de Beauvois lequel est par ailleurs un superbe opéra rythmé par les chants d’un coté les travaux de l’autre. On se réjouit vraiment qu’une telle œuvre soit durant une année entière présentée à des élèves pour qui le cinéma n’est parfois qu’un art du pur divertissement. Qu’ils voient ainsi un autre cinéma fondé à la fois sur l’ouverture au monde et sur la question du « Que montrer et comment ? » est de la première importance. "Des hommes et des dieux" pose de nombreuses questions sans forcément apporter de réponses définitives ou abruptes. Contre les débats formels autour de la religion, le film de Beauvois aborde des aspects bien plus fondamentaux. Bravo par conséquent à Pascal Thomas et à son jury d’enseignants et d’enseignés d’avoir choisi cette œuvre belle et forte pour aller à la rencontre du monde de l’éducation. « Des hommes et des dieux » est en effet un formidable ambassadeur du cinéma dans ce qu’il a de plus essentiel, de plus exigeant.De la même manière, on se réjouira que le prix France Culture, présidé cette année par l'actrice et nouvellement productrice Julie Gayet, soit allé à l’actrice et réalisatrice Ronit Elkabetz. Dans ce festival hyper masculin (pas UNE cinéaste en compétition officielle, à l’exception de Julie Bertuccelli pour le film de clôture hors compétition stricto sensu par conséquent), cette distinction vient redresser un peu la barre. Ronit Elkabetz fait partie de ces actrices dont on se dit qu’elles auraient été des stars de la tragédie grecque ! Visage et voix étroitement mélangés, elle incarne un art dramatique porté haut et fort. Même dans la comédie ou dans la légèreté, ce qui est la marque incontestable d’une présence toujours efficace. On se souvient ainsi d’elle dans une formidable scène de drague dans « La Visite de la fanfare ». On se souvient également des deux films qu’elle a signés à ce jour comme réalisatrice (« Prendre femme » et « 7 jours ») et l’on sait que son regard est précieux.

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