Demain, jour de sortie des nouveaux films en salle, le mot d’ordre ce pourrait être « TSC » pour « Tout Sauf Coco ». Ce dernier n’est rien d’autre qu’un « précipité de cinéma », au sens chimique du terme : là où la science constate la naissance étonnante d’un solide dans du liquide, il faut avec « Coco » acter de l’émergence désolante d’un solide navet issu d’un scénario à l’état de b(r)ouillon insipide. Il est donc de première nécessité d’aller voir autre chose.On aurait aimé pouvoir dire que le nouveau film d’André Téchiné, « La fille du RER », était le bon choix alternatif par excellence. Mais, cette fois, cet immense auteur déçoit en traitant sans jamais l’aborder de front un fait divers particulièrement dense : l’histoire de cette jeune fille qui cria à l’attentat antisémite, alors qu’il s’agissait d’une automutilation. Un drôle de film en vérité qui, à force de refuser l’obstacle (le mensonge indicible), finit par multiplier mais en vain les histoires et les questions parallèles. C’est bien la première fois qu’un film de Téchiné me laisse à ce point dubitatif et de cette première fois-là, je me serais bien passé, croyez-moi.Mais alors, qu’aller voir demain ? Pas d’inquiétude ! Si vous aimez le cinéma asiatique, le cinéma qui s’interroge sur le monde, le cinéma qui s’emploie avec brio à questionner les frontières entre film de fiction et documentaire, alors vous serez séduits par le nouveau film de Jia Zhang Ke, « 24 City ». Une nouvelle fois, ce talentueux cinéaste chinois nous montre la Chine communiste d’hier se transformer en une nouvelle puissance économique avec pour seule idéologie le profit. Gramsci a écrit que la crise, c’est quand le vieux n’est pas encore mort et que le jeune est en train de naître. C’est donc une Chine en crise qui nous est montrée ici, à travers le terrible portrait d’une usine démantelée et de ses anciens ouvriers.Asie encore et toujours avec un film coréen cette fois, « The Chaser » de Na Hong-jin, avec un propos certes beaucoup moins ambitieux mais de véritables qualités artistiques. Ce polar mêle habilement enquête haletante, suspense, burlesque et parcours initiatique. Il se dégage de l’ensemble une indéniable énergie, peut être la marque de fabrique du cinéma coréen actuel.Enfin, l’image d’un acteur se détache cette semaine et invite à l’admiration même posthume. « Un si beau voyage » de Khaled Gortbal donne à Farid Chopel, disparu depuis, son plus beau rôle de cinéma. Celui d’un ouvrier tunisien immigré en France et qui, une fois à la retraite et se sachant très malade, décide de revenir au pays. Le film prend parfois un peu trop son temps, mais ce voyage est magnifique et Chopel absolument parfait et émouvant.« 24 City », « The Chaser », « Un si beau voyage » : trois bonnes raison de dire « Ciao, Coco » !La phrase du jour : « Vertige de l’amourJ’ai crevé l’oreillerJ’ai dû rêver trop fort »Alain Bashung

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