A l’occasion de la sortie en salles du premier film réalisé par Fanny Ardant, l’émission « Thé ou Café » sur France 2 m’a demandé de donner mon point de vue sur la montée en puissance des actrices-réalisatrices.C’est une réalité indéniable qui va de pair avec un constat plus général : le monde du cinéma français dans son ensemble devient plus féminin. Aujourd’hui, le CNC et la Commission d’Avances sur recettes, soit les deux structures publiques du cinéma les plus importantes, sont dirigés par des femmes. Si l’on remonte vingt ans en arrière les cinéastes n’étaient guère nombreuses. Désormais et d’année en année, elles deviennent plus présentes, passant le cap souvent fatal du deuxième film avec succès. La sociologie Evelyne Sullerot avait un jour écrit que, je cite, « une profession qui se féminise est une profession qui se dévalorise ». L’axiome ne semble pas jouer dans le cas présent et c’est tant mieux. On sent au contraire que dans le cas des actrices, celles qui deviennent réalisatrices (Nicole Garcia, Agnès Jaoui, Julie Delpy, Isild Le Basco et tant d’autres avec elles) prennent en quelque sorte du galon dans la profession ! Et alors que Garcia ou Breitmann ou Balasko par exemple ont du attendre ou ont attendu un certain temps avant de franchir le pas, on assiste à l’émergence d’une nouvelle génération d’actrices qui entament en parallèle une carrière de réalisatrice (je songe, entre autres, à Maïwenn, Isild Le Basco, Valérie Donzelli,…). Comme si un tabou était levé, comme si devenir réalisatrice n’était plus la confirmation suprême d’une reconnaissance professionnelle mais bien une démarche artistique commencée quand le besoin s’en fait sentir.Le statut d’actrice-réalisatrice se répand à une telle vitesse que le film de Fanny Ardant offre la singularité d’être réalisé par une actrice-réalisatrice et interprétée par une… actrice-réalisatrice, Ronit Elkabetz. L’exception se fait presque la règle. Sauf à Hollywood notamment où les femmes cinéastes (sans même parler des actrices-cinéastes) se comptent sur les doigts d’une seule main, ou presque. Jusqu’à quand l’empire cinématographique persistera dans cette situation anachronique ? Que faudra-t-il faire pour que le « système » accepte l’autre moitié du monde, dès lors qu’il s’agit de prendre les commandes d’un film ? De ce point de vue, Hollywood, semble-t-il, éprouve de la peur. Cette dernière, on le sait tous, est définitivement une mauvaise conseillère ! Il faudra franchir le pas, sous peine de se priver de bonheurs à venir essentiels à nos vies de cinéphiles et à nos vies tout court.Ah ! ça ira !La phrase du soir « Le lait de la lune coule sur le monde.Tout est parfumé, ce soir, n’est-ce pas ? »Valery Larbaud, « Les Poésies de A.O. Barnabooth »

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