Cendres ou pas cendres, je serai au Festival de Cannes dans trois jours : j’y vais en train ! Rien n’arrête un TGV, pas même un volcan déchaîné ! Pour le reste, on tentera comme les années passées de « se la péter pour vous sur La Croisette », autrement dit de vous faire quelques commentaires sur les choses vues lesquelles pour l’instant ne sont qu’au nombre de deux (voir le post précédent). Tout le monde en effet ne peut pas avoir le talent de Monsieur Lionnel Luca, député du peuple des Alpes Maritimes à l’Assemblée nationale. Lequel talent consiste notamment à pulvériser le fameux credo au second degré de Michel Boujut : « Je ne vais pas voir les films dont je parle, ça pourrait m’influencer. Le ci-devant élu provençal ne retient que le premier degré en lui ajoutant même une touche personnelle qui fleure bon le coup de sécateur avec une variante du genre : « Je n’ai pas vu le film dont je demande l’interdiction, ça pourrait me donner à penser. » C’est désormais une affaire connue : cet élu mène une virulente campagne contre le nouveau film de Rachid Bouchareb, « Hors la loi », s’indignant notamment de se présence à Cannes où soit dit en passant le film est présenté sous les couleurs algériennes et non pas françaises, ce qui augmente un peu plus encore l’absurdité de la démarche dudit député. Ce dernier pourra au moins se vanter d’avoir mis en verve la très sérieuse SACD qui représente les auteurs. Elle a décidé de créer le prix « Bêtise avec un grand C », selon l’expression empruntée à Jacques Prévert. Et Monsieur Luca en est l’heureux premier lauréat.On est ici d’autant plus à l’aise pour condamner l’incroyable campagne de l’élu alpin et maritime que le film précédent de Bouchareb « Indigènes » n’avait pas vraiment convaincu en laissant au contraire un goût de roublardise et notamment dans une médiatisation fort habile d’un film présenté à tort comme un accélérateur de particules politiques…. Seulement voilà, il y a la liberté de l’artiste, du cinéaste dans le cas présent, à faire un film de fiction à partir de faits historiques. Il peut en naître des chefs d’œuvre (voir « Carlos » d’Olivier Assayas) et des ratages (voir « La rafle » de Rose Bosch). Là n’est donc pas le problème. Ce qu’il est ici question de juger ici en premier lieu, ce sont des films et des films qui ne se présentent ni comme des documentaires ni comme des essais historiques. On le jugera donc d’abord comme des films. Et de ce point de vue, il n’est pas certain que le regard critique du député maritime et alpin en question soit de toute première nécessité.Ce serait ça un élu national ? Un exemple vivant pour les jeunes par exemple à qui leurs profs répètent à longueur d’année scolaire que la Raison suppose la connaissance ? et que le sommeil de la Raison commence quand on condamne sans lire, sans voir, sans entendre ? C’est cela un élu national ? quelqu’un qui n’agit et ne réagit qu’en fonction des lobbies électoraux dont il croit dépendre et qu’il craint ? Belle publicité décidément que cette campagne de presse nauséabonde pour un film que personne ou presque n’a vu. Ert pendant ce temps dans les salles de cinéma des films que Monsieur Luca n’a pas vu non plus hélas : « Lola » de Brillante Mendoza ou « Les Femmes de mes amis » de Hong Sang-Soo. Courez-y, s’il vous plait !

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