C'est l'un des films les plus personnels du cinéaste François Ozon qui, après "Grâce à Dieu", adapte un roman qu'il a lu en 1985, alors qu'il n'avait que 17 ans. Une histoire d'amour dramatique entre deux jeunes, qu'il s'était promis d'adapter une fois devenu réalisateur. Un film estival à voir d'après Le Masque.

Les acteurs Benjamin Voisin, Félix Lefebvre avec le cinéaste François Ozon en plein tournage du film "Été 85"
Les acteurs Benjamin Voisin, Félix Lefebvre avec le cinéaste François Ozon en plein tournage du film "Été 85" © MANDARIN PRODUCTIONS / SCOPE PIC / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le film présenté par Jérôme Garcin

Un film en partenariat avec France Inter. Avec deux jeunes inconnus Félix Fefebvre, Benjamin Voisin, mais aussi Valeria Bruni-Tedeschi, Isabelle Nanty et Melvil Poupaud. D’après La Danse du coucou, le roman d’Aidan Chambers. Au Tréport, en Haute-Normandie. Alexis, 16 ans (Félix Lefebvre), parti seul en mer sur un voilier, chavire. David, 18 ans (Benjamin Voisin), vient le sauver. C’est le début d’une aventure amoureuse qui va se terminer de manière tragique. 

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S'il salue "un très beau film", Xavier Leherpeur regrette l'adaptation par Ozon de ce livre en film

XL : "Quand j'ai vu le film, j'étais un peu déçu. C'est vrai qu'après Grâce à Dieu, qui est un film quasiment parfait, à la fois dans son approche et dans sa facture, je dis bon, c'est plus mineur, avec cependant une certaine maîtrise, une certaine virtuosité. 

C'est adapté d'un livre qui l'a tellement marqué qu'il s'est d'ailleurs pratiquement diffusé dans toute l'œuvre d'Ozon. Il y a quelque chose de très beau d'ailleurs depuis La petite robe d'été jusqu'à Frantz. Ce sont des thématiques, des motifs qu'il a réutilisés. Fallait-il pour autant revenir à ce livre de chevet ? C'est peut-être un tout petit peu la question que je me suis posée, même si j'aime plutôt bien le film : l'histoire de deux garçons qui s'aiment, mais pas de la même manière, pas sur le même diapason. L'un, c'est pour toujours et l'autre préfère la frivolité comme celle d'un amour d'été.

Il montre qu'être homosexuel ou hétérosexuel, ça n'a aucun rapport avec la nature de la sexualité. Cette différence d'appréhension de l'autre est différente d'amour, d'exigence, surtout quand on a 17-18 ans où tout nous semble tellement important, tellement vital, tellement unique, qu'on veut tout mélanger à la fois la grande passion et la découverte du cul. 

Plus le film passe, plus je me suis réconcilié avec lui. Je continue de penser que le film - et c'est un des choix de François Ozon de différer le suspense alors que dans le livre, il est assumé dès les premières pages - ne donne pas quelque chose de très probant en termes de récit ou de cinéma. 

J'aurais préféré que le film se déroule de façon plus linéaire même s'il est rempli de tous ses souvenirs cinéphiles". 

Il y a un suspense un peu inutile autour de ce qui est reproché à ce jeune garçon.

Charlotte Linpinska l'a trouvé très beau et applaudit un François Ozon qui surprend toujours autant 

CL : "Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Xavier sur ce système de narration parce qu'à partir du moment où, dès le début du film, on a effectivement ce jeune garçon qui s'adresse à nous et qui annonce le drame qui va advenir, tout le film qu'on voit ensuite à rebours, fait que justement on savoure d'autant plus les instants de bonheur, la rencontre, l'aspect solaire et estival du film parce qu'on sait que ces minutes-là sont précieuses si on pense au dénouement dramatique inévitable du film.

Après, certes, on retrouve tous les motifs du cinéma de François Ozon, que ce soit le travestissement, le rapport au professeur de lettres, une scène à la morgue aussi qui était dans Sous le sable. Mais c'est à la fois un film éminemment personnel et très différent de ses films précédents et, en cela, je trouve que c'est un cinéaste qui surprend toujours. 

D'un film à l'autre, il parvient à nous surprendre avec des fils et des thématiques qu'on retrouve pourtant d'un film à l'autre.

La forme est très différente et, là, je trouve très beau le côté estival et solaire du film qui, peu à peu, va glisser dans le drame et ce romantisme absolu qu'on peut avoir à l'âge de l'adolescence, avec cette question merveilleuse : est-ce qu'on invente les gens qu'on aime ? C'est très, très beau. 

Et puis, ces deux jeunes garçons sont filmés avec une douceur, une tendresse, ils sont beaux comme des astres ! L'homosexualité n'est même pas le thème du film, c'est cela que j'aime aussi".

Pour Eric Neuhoff, c'est un film "sincère et maladroit mais sympathique et estival"

EN : "C'est sincère et maladroit. Mais si la maladresse n'est pas forcément un défaut, la sincérité n'est pas toujours une qualité et je me demande si Ozon n'a pas trop attendu pour tourner ce film… Si son âge n'est pas un problème, si ce qu'il l'avait frappé dans ce livre à l'époque, il arrive à le retrouver ? La preuve, c'est qu'il y a encore une voix off qui est très, très mauvaise… 

Mais le film est sympathique et très estival. On sent vraiment la saison dans cette station balnéaire. C'est un peu surjoué, un peu attendu, parce que, dès le début, je n'avais pas lu le livre, mais on devine bien ce qui va se passer !

Ce qui est très intéressant aussi, c'est que l'homosexualité ne compte pas du tout, elle va de soi. Il n'y a pas de problème ni avec les parents, ni rien du tout. Et ça, c'est assez bon. Toutes les références aux années 1980 sont rigolotes. Il y a cette séquence dans la boîte de nuit avec le Walkman. Il pense surtout à La Boum dans ce film. 

C'est un mélange pas désagréable de Max Pécas et de roman-photo. Valeria Bruni en fait un peu des tonnes, elle est envahissante presque. Mais le film est assez à la fois verbeux et sympathique. 

J'admire Ozon parce que c'est quelqu'un qui ne réussit pas ces films à chaque fois mais qui arrive à en tourner un par an". 

Pour Pierre Murat, même si ce n'est pas du grand Ozon, c'est un des grands films à aller voir cet été

PM : "François Ozon est un de nos plus grands cinéastes actuels. Moi-même, j'ai été un tout petit peu déçu parce que, simplement, ce sont des références à ses films précédents. Ça reste très réussi parce que c'est un cinéaste qui si léger que, sur un drame romanesque, il arrive à apporter une légèreté. 

Dire que c'est un très grand Ozon, non, mais c'est un des grands films que l'on peut voir cet été.

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Le film

► Au cinéma depuis le 14 juillet 

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10 min

"Eté 1985" de François Ozon

Par Jérôme Garcin

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