Petite colère vespérale contre deux articles lus récemment. L’un dans « Les Inrocks ». L’autre dans « Les Cahiers du cinéma ». Le premier amalgame de façon incroyable un improbabale renouveau du terrorisme dans la réalité (Tarnac) et au cinéma (en mettant dans le même panier « Mesrine » de Richet et « L’Armée du crime » de Guédiguian). Le second fait le même parallèle cinématographique au détour d’une phrase. Seulement voilà, il n’y a strictement aucun signe d’égalité ou de rapprochement à faire entre Manouchian et tous ceux de l’Affiche rouge d’un côté et Mesrine de l’autre. Quant à Tarnac, on serait bienvenu d’adopter l’attitude inverse de celle des autorités en la matière : prendre le temps et la distance avant de théoriser ou de faire des comparaisons douteuses. Que deux magazines « sérieux » puissent laisser tranquillement passer de telles assimilations me laisse à vrai dire pantois. Broussard n’était pas un officier nazi. Mesrine est un délinquant. Manouchian un résistant. Mesrine n’est pas un terroriste politique. Manouchian était un terroriste pour l’Occupant et Vichy. Un combattant de la liberté pour le reste de l’humanité. Alors à quoi bon ces parallèles imbéciles et ces mots employés à tort et à travers. Oui, Taurand et Guédiguian ont une conscience politique. Oui, il savent que parler des patriotes immigrés résistants est aujourd’hui un acte politique. Oui, contrairement à ce qu’écrit mon confrère des « Cahiers », leur film est LA réponse parfaite à l’idée de la lecture-gadget de la lettre de Guy Mocquet ou de « l’adoption » par chaque élève d’un enfant juif déporté. Pourquoi ? tout simplement parce que la lecture de la lettre de Manouchian vient au bout de deux heures de film. Elle termine une réflexion, la parachève et lui donne son point d’orgue. Elle est l’oméga mais non l’alpha. Et donc l’émotion qu’elle fait inévitablement naître ne vient pas de prime abord, en amont, pour tout balayer sur son passage et emporter par conséquent la raison. L’écoute de cette lettre bouleversante n’est pas un alibi commémoratif mais l’aboutissement d’une démarche historique qui vise à reprendre le chemin de l’Histoire pour comprendre nos histoires actuelles. C’est la raison pour laquelle, il convient d’aller voir mercredi prochain, dès sa sortie en salles donc, le nouveau film de Guédiguian. Parce que lui ne confond pas, parce qu’il donne à voir des actes d’hier qui font sens aujourd’hui, parce qu’il refuse les facilités du pathos et le diktat de la com., parce qu’enfin son « Armée du crime » est une leçon d’Histoire et non un indigeste brouet idélogique fabriqué à la hâte où tout se vaut y compris les contraires…Ah ! ça ira !La phrase du soir ?« Dans ce silence, la journée lui avait paru bien longue. Comme désincarnée. Il lui avait manqué l’essentiel. »Paul Auster

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