« Je pense qu’un acteur qui veut ressembler à son personnage se trompe. Il doit faire en sorte que son personnage lui ressemble. »C’est le cinéaste Christophe Honoré, l’auteur virtuose de « La Belle personne », entre autres, qui s’est ainsi exprimé. C’est une belle et bonne jurisprudence. Qui « condamne » Marion Cotillard parce qu’à force de maquillages, de fausse dents et de voix contrefaite, l’actrice s’est définitivement perdue dans son modèle au risque désormais de ne plus être elle-même. Et qui « adoube » Michel Bouquet parce que « son » Mitterrand dans le film de Guédiguian/Taurand (« Le Promeneur du Champ de Mars ») relevait du pur génie de l’incarnation. On aura soin de penser à la phrase de Christophe Honoré en regardant par exemple Sagan/Testud, Rouve/Spaggiari, Coluche/Demaison, Cassel/Mesrine, puisque le cinéma français semble avoir décidé de faire revivre les « idoles » passées. Sur ce chemin périlleux, les morts risquent d’être plus nombreux que les films qui resteront en vie, c’est à dire ceux qui, comme le suggère Honoré, joueront la carte de Méliès et non celle de Grévin, du cinéma et non de la cire…Mercredi prochain sort sur les écrans un film que j’ai envie que vous alliez voir ! C’est dit brutalement, mais c’est dit. Il s’agit de « Dernier maquis » le nouveau film du décidément talentueux Rabah Ameur-Zameiche, déjà auteur de « Wesh wesh » et de « Bled Number One ». Vous pourrez entendre cette voix stimulante dans l’émission de vendredi prochain. Ameur-Zaimeche dit rarement « je », mais la plupart du temps « nous ». Et ce n’est pas une pause d’artiste singulier faussement pluriel. Par cette insistance à nous rappeler que le cinéma d’auteur est aussi un art collectif, il exprime une évidence souvent oubliée. A l’opposé de l’écrivain, du peintre, du sculpteur, du compositeur, se trouve le cinéaste qui seul n’est rien. C’est certainement la raison pour laquelle les romanciers font en général, à de très rares exceptions près, de mauvais cinéastes. On passe difficilement de la chambre ou de l’atelier silencieux au plateau bourdonnant. Question d’habitude, de tempérament. Le cinéma est un sport d’équipe.Quoi qu’il en soit, « Dernier maquis » est un véritable coup de et au cœur. Une incroyable alchimie entre un propos politique, social, culturel (et même cultuel !) et une radicalité bienfaisante de la forme. Le premier n’occulte pas la seconde. Et cette dernière n’est en rien l’alibi esthétique d’un discours. C’est, selon son auteur, une tragédie prolétaire et comme vous le savez, les tragédies, depuis la Grèce antique, doivent être bien écrites pour traverser les siècles et parler un langage universel. Je fais le pari que ce « Dernier maquis » restera. J’y reviendrai donc !La phrase du jour ? « Je n’ai jamais eu le courage de mettre dans mes films un seul plan de mer. J’ai peur de la mer. »Fritz Lang

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