Sous un titre anglais, "Everybody Knows", voici le film 100 % espagnol de l’Iranien Asghar Farhadi, avec Penélope Cruz, Javier Bardem, et l’Argentin Ricardo Darin. Le film avait été mollement accueilli à Cannes, où il était en compétition... Qu'en ont pensé les critiques du "Masque" ?

Le nouveau film d'Asghar Farhadi avec Penelope Cruz, "Everybody Knows", est dans les salles françaises depuis le 9 novembre 2018
Le nouveau film d'Asghar Farhadi avec Penelope Cruz, "Everybody Knows", est dans les salles françaises depuis le 9 novembre 2018 © © Memento Films Distribution

Everybody Knows se déroule dans un petit village espagnol, à 50 km de Madrid. On y célèbre un mariage dans la liesse. Même Laura (c’est Penélope Cruz) est revenue pour l’occasion d’Argentine, où elle a fait sa vie avec Alejandro (Ricardo Darin), à qui le village prête une grosse fortune et qui n’a pas pu faire le voyage. Laura débarque donc avec ses deux enfants, un petit garçon et une adolescente asthmatique, Ana. A peine la fête a-t-elle commencé qu’Ana est kidnappée. Paco (Javier Bardem), un viticulteur qui a autrefois follement aimé Laura, va tenter de mettre la main sur les rançonneurs. 

Comme dans La fête du feu, A propos d’Elly et Une séparation, Farhadi filme les couples en décomposition, réveille les vieilles haines du passé, et fait basculer un événement ordinaire dans la tragédie

Jean-Marc Lalanne : "Je pense vraiment que c'est la ruine d'un certain idéal de cinéma d'auteur performant publiquement"

Je trouve cela tout aussi mauvais que le Solo de Star Wars et au moins tout aussi cynique. C'est vraiment un auteur qui décline sa marque de fabrique, qu'il peut vendre à n'importe qui mais sans savoir vraiment pourquoi. 

Et sa critique sociale, je la trouve vraiment consternante; convenue. Il y a une sorte de misanthropie de salon totalement inopérante. 

Jean-Marc Lalanne : "Il y a deux stars espagnoles hollywoodiennes totalement perdues dans cet espèce de montage bizarre"
Jean-Marc Lalanne : "Il y a deux stars espagnoles hollywoodiennes totalement perdues dans cet espèce de montage bizarre" / © Memento Films Distribution

Sophie Avon : "un film très convaincant"

Le film n'a pas la trajectoire pure qu'avaient les premiers films qu'on a aimé d'Asghar Farhadi mais dans cette torsion-même, dans ces nœuds, dans ses articulations, je trouve que c'est quand même le même cinéma. 

Je trouve assez fascinant qu'il se débarrasse comme ça de la langue, de la culture (même s'il a écrit le scénario en farsi) pour adopter une culture qui n'est pas la sienne. Je trouve qu'il y a quelque chose de très culotté là-dedans. À mon avis c'est pour se passer de la langue et arriver à l'essentiel, arrivé à quelque choses d’éminemment universel mais le paradoxe est qu'il en a fait un film éminemment espagnol et éminemment personnel... Il fait semblant de faire un thriller (Hitchcock), il fait semblant de faire une telenovela, de faire un mélo à la Almodovar, mais à la vérité il fait son cinéma qui est un cinéma philosophique. Il utilise le tragique espagnol mais en fait c'est un cinéma qui n'a rien d'une tragédie : ça ne vient pas de la fatalité. La démonstration qu'il fait, c'est qu'on est responsable de sa vie, qu'on doit assumer la vie qu'on a choisie - et quand le passé vient frapper la porte, on a des comptes à rendre. Il arrive à montrer ça dans un tout autre décor que celui de l'Iran de manière qui me touche.

Sophie Avon : " je trouve que c'est un film auquel on pourrait donner des adjectifs que d'ordinaire on donne à des vins : il a l'ampleur, il est long en bouche, il décante bien, il est charpenté..."
Sophie Avon : " je trouve que c'est un film auquel on pourrait donner des adjectifs que d'ordinaire on donne à des vins : il a l'ampleur, il est long en bouche, il décante bien, il est charpenté..." / © Memento Films Distribution

Nicolas Schaller : "Je suis assez déçu"

Farhadi, ça a toujours été pour moi un grand scénariste et directeur d'acteur plus qu'un "formaliste"... Au début, je trouve la mise en image un peu à l'emporte-pièce mais je suis pris dans le récit. Et petit à petit je me rends compte qu'il veut nous faire passer les vessies d'une telenovelas pour des lanternes. J'y crois de moins en moins en tant que spectateur. Il y a des charnières et des révélations : ce n'est pas le passé qui frappe à la porte, c'est un scénariste qui vient nous faire gober des choses de moins en moins crédibles. 

Il y a toujours un piège des grands cinéastes mondiaux, à les sortir de leur pays pour aller tourner à l'étranger : déjà, dans Le Passé, on sentait qu'il n'était pas dans son élément, notamment par rapport au langage. Et là sur l'écriture, j'ai l'impression qu'il enfonce des portes ouvertes. 

Danièle Heymann : "J'aurais préférer l'aimer davantage"

On a pratiquement la révélation de ce qui va se passer dans les dix premières minutes... Les révélations sont toujours en retard de ce qu'on sait. Ça m'a gênée. Je n'ai pas pu adhérer au drame et j'ai regardé le couple de stars au lieu de regarder les deux personnages.

Tous les films d'Asghar Farhadi peuvent s'appeler Le Passé : il a une façon de faire émerger le passé qui est unique.

Ecoutez

Ecoutez l'ensemble des critiques échangées sur le film autour de Jérôme Garcin sur le plateau :

8'31

"Everybody Knows" d'Asghar Farhadi : les critiques du Masque et la Plume

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Chaque dimanche à 20h, retrouvez les critiques du Masque et la Plume réunis autour de Jérôme Garcin pour parler cinéma, théâtre ou littérature.

Penelope Cruz dans "Everybody Knows"
Penelope Cruz dans "Everybody Knows" / © Memento Films Distribution
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