Réalisé dans la clandestinité par un réalisateur engagé, "Le Diable n'existe pas" a été couronné au printemps dernier à Berlin par un Ours d'Or. Il sera au cinéma le 2 décembre 2020. Avant-goût.

Le diable n'existe pas
Le diable n'existe pas © Cosmopol Film GMBH

L'histoire : Iran, de nos jours. Heshmat est un mari et un père exemplaire mais nul ne sait où il va tous les matins. Pouya, jeune conscrit, ne peut se résoudre à tuer un homme comme on lui ordonne de le faire. Javad, venu demander sa bien-aimée en mariage, est soudain prisonnier d’un dilemme cornélien. Bharam, médecin interdit d’exercer, a enfin décidé de révéler à sa nièce le secret de toute une vie. Ces quatre récits sont inexorablement liés. Dans un régime despotique où la peine de mort existe encore, des hommes et des femmes se battent pour affirmer leur liberté.

Le réalisateur

Alors qu'il commence très jeune à écrire et mettre en scène aussi bien des pièces de théâtre que des courts métrages, Mohammad Rasoulof suit aussi des étude de sociologie. Une formation que l'on retrouve aujourd'hui dans son cinéma marqué par l’analyse des relations sociales et de la façon dont l’individu et la société sont affectés dans un pays au gouvernement dictatorial.

En 2009, après les évènements qui suivent l’élection présidentielle iranienne, Mohammad Rasoulof est arrêté en plein tournage. Lors d’un premier procès, il est condamné à six ans de prison. (cinq ans pour rassemblement et connivence contre la sécurité nationale, et un an pour propagande contre le régime). Il est acquitté en appel de la première accusation et sa peine est réduite à un an de prison. Elle n’est pas appliquée mais elle est accompagnée d’une interdiction de sortir du pays.

Celle-ci est levée en 2011, après la sélection de son film Au revoir au Festival de Cannes, où il remporte le Prix du meilleur réalisateur Un Certain Regard. Ses deux films suivants,  Les manuscrits ne brûlent pas et Un homme intègre, sont présentés à Cannes dans la même section, respectivement en 2013 et 2017. Un homme intègre en reçoit le Grand Prix. Il est également présenté au Festival de Telluride.  

Quand Mohammad Rasoulof rentre des États-Unis, son passeport est confisqué dès son arrivée à l’aéroport de Téhéran et il est privé de sa liberté de circuler et de travailler. Soumis à de nombreux interrogatoires, il est condamné en juillet 2019 à un an de prison ferme, suivi de deux ans d’interdiction de sortie du territoire et de l’interdiction de se livrer à la moindre activité sociale et politique.

"On pourrait croire que le fait que les films ne soient pas montrés publiquement leur ôte toute portée collective, confie le réalisateur. Or, le fait qu’ils soient faits ici, puis qu’ils réussissent à s’échapper et qu’ils soient vus à l’étranger, leur permet de revenir en Iran et d’y avoir une existence. 

Les projections à l’étranger ont une valeur de « craquage » qui permet à mes films d’être vus dans mon pays et leur reconnaissance dans des festivals mondiaux attire l’attention d’une partie du public iranien.

Le diable n’existe pas, Ours d’or au Festival de Berlin 2020, a été réalisé dans la clandestinité. Dans la foulée de cette récompense, reçue en son absence par ses comédiens en mars dernier, Mohammad Rasoulof a été sommé de se présenter à la justice iranienne, afin de purger sa peine de prison.

Pouyan Behagh à Berlin
Pouyan Behagh à Berlin / Piero Chiussi / Berlinale 2020
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