Le prochain film de Ken Loach, en compétition officielle lors du dernier festival de Cannes, sortira sur les écrans le 23 octobre prochain. France Inter, partenaire du film, vous en dévoile la bande annonce en avant-première.

Katie Proctor et Kris Hitchen incarnent un père et sa fille dans le long-métrage de Kean Loach, "Sorry We Missed You"
Katie Proctor et Kris Hitchen incarnent un père et sa fille dans le long-métrage de Kean Loach, "Sorry We Missed You" © Joss Barratt

Découvrez la bande annonce en avant-première

Le film en quelques mots

Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Abby travaille pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés. Ils travaillent dur… mais ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique et Ricky devient chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille…

Le film sortira sur les écrans français le 23 octobre 2019.

Le réalisateur britannique Ken Loach sur le tournage du film
Le réalisateur britannique Ken Loach sur le tournage du film / Joss Barratt

Entretien avec le réalisateur, Ken Loach

Comment vous est venue l’idée du film ? 

Ken Loach : Après Moi, Daniel Blake, je me suis dit : « Bon, c’est peut-être mon dernier film. » D’un autre côté, quand on visitait les banques alimentaires, pour nos recherches, la plupart des gens qui venaient là travaillaient à temps partiel, avec des contrats zéro heure. C’est une nouvelle forme d’exploitation. Cette économie des petits boulots, comme on l’appelle, les travailleurs indépendants ou intérimaires, la main-d’œuvre précaire, n’ont cessé d’être au cœur de mes discussions quotidiennes avec Paul Laverty [ndlr : le scénariste]. Peu à peu s’est profilée l’idée que ça pourrait faire l’objet d’un autre film – pas vraiment un pendant à Moi, Daniel Blake, plutôt un film connexe.

Avez-vous toujours envisagé cette histoire autour de deux axes ? 

Non, je pense que ce qui a grandi dans l’esprit de Paul n’était pas seulement lié au degré d’exploitation des travailleurs, mais aussi à ses conséquences sur leur vie de famille et la manière dont tout ça se répercute dans leurs relations personnelles. 

La classe moyenne parle d’équilibre travail-vie privée quand la classe ouvrière est acculée à la nécessité

S’agit-il d’un nouveau problème ou bien d’un ancien sous une autre forme ? 

Il n’est nouveau que dans la mesure où on y emploie la technologie moderne. La technologie la plus en pointe se trouve dans la cabine  du chauffeur, dictant les itinéraires, permettant au client de savoir exactement où se trouve le colis qu’il a commandé et son heure d’arrivée estimée. Il arrivera – s’il s’agit d’un « suivi », comme ils appellent ça – dans un créneau d’une heure. Le consommateur est chez lui à suivre le parcours de ce véhicule dans tout le quartier. C’est un équipement hautement sophistiqué, avec des signaux qui rebondissent sur un satellite, quelque part. Le résultat est qu’une personne se tue à la tâche dans une camionnette, allant d’un point à un autre, de rue en rue, se démenant pour répondre aux exigences de cet équipement. 

La technologie est nouvelle, mais l’exploitation est vieille comme le monde.

Comment s’est déroulé le tournage à Newcastle ? 

Comme toujours, on a tourné chronologiquement. Les acteurs ne savaient pas comment ça se terminerait ; chaque épisode était une découverte pour eux. Nous avions fait répéter la famille au préalable, afin qu’ils mettent au point une sorte de relation entre eux. Puis on a tourné dans la foulée, pendant cinq semaines et demie. 

L’un des principaux challenges était de planter correctement le décor du dépôt de distribution. Il fallait en connaître précisément le fonctionnement pour que chacun sache exactement quel était son rôle, puis on a tourné ça comme un documentaire. On a défini qui réceptionnerait les colis à leur arrivée, qui serait en charge du tri, les chauffeurs qui viendraient avec leur camionnette, ce qui se passait à chaque étape de la chaîne. Fergus et l’équipe déco ont fait un travail remarquable pour donner vie à tout ça. Chorégraphier tout cela était un défi, car c’était un grand dépôt, où tout résonnait, au cœur d’une zone industrielle. Mais les gars ont été super. Ils se sont pris au jeu et l’ont fait avec délectation. J’espère qu’à l’image, on voit qu’ils savent ce qu’ils font – ils le font vite, sous l’œil de lynx du chef d’équipe qui les mène à la baguette. 

Tout devait être authentique. Personne ne devait simuler.

Nous voulions que le paysage urbain de Newcastle soit présent dans le film, sans que ça ressemble à des images touristiques, pas uniquement pour montrer la ville. Je pense qu’on a un sens du paysage : on voit les vieilles terrasses, les immeubles et le centre-ville, avec son architecture classique. 

Quelles questions soulève le film ? 

Ce système est-il viable ? 

Est-il viable de faire nos courses par l’intermédiaire d’un homme dans une camionnette, qui se tue à la tâche quatorze heures par jour ?

Est-ce finalement un meilleur système que d’aller nous-mêmes dans un magasin et de parler au commerçant ? Veut-on vraiment un monde dans lequel les gens travaillent avec une telle pression, des répercussions sur leurs amis et leur famille, ainsi qu’un rétrécissement de leur vie ? 

Ce n’est pas l’échec de l’économie de marché, c’est au contraire une évolution logique du marché, induite par une concurrence sauvage visant à réduire les coûts et à optimiser les bénéfices. 

Le marché ne se préoccupe pas de notre qualité de vie. Ce qui l’intéresse, c’est de gagner de l’argent, et les deux ne sont pas compatibles. 

Les travailleurs à faibles revenus, comme Ricky et Abby, ainsi que leur famille, en paient le prix.

Repas familial dans "Sorry We Missed You" avec Ricky, Abby et leurs deux enfants Seb et Liza Jane
Repas familial dans "Sorry We Missed You" avec Ricky, Abby et leurs deux enfants Seb et Liza Jane / Joss Barratt
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