“Le Petit Prince”, l’œuvre culte de Saint-Exupéry, devient un film d’animation - sur les écrans français aujourd'hui. Cette pépite de poésie est adaptée par le réalisateur américain à succès Mark Osborne… Pourquoi faut-il (quand même) aller le voir ?

Pour retomber en enfance

Image extraite du film "Le Petit Prince" de Mark Osborne (2015)
Image extraite du film "Le Petit Prince" de Mark Osborne (2015) © 2014 LPPTV - Little Princess - ON Entertainment - Orange Studio - M6 Films

L’essentiel est invisible pour les yeux ; on ne voit bien qu’avec le cœur ”. Qui ne connaît pas cette citation ? Qui n'a pas été ému par le renard, la rose ou le serpent du Petit Prince ?Chaque lecteur du Petit Prince s’est approprié l'histoire de façon très personnelle. Pour eux, le livre agit comme une madeleine de Proust. C'est un livre qu'on lit et relit, qu'on interprète différemment en fonction de son âge, du contexte. Grosse pression sur l’équipe du film à l'idée d'adapter le roman, du coup... Mais un honneur, aussi, dit Alexander Juhasz, character design sur le film :

La difficulté était de m’assurer que mon travail rende hommage au livre. Qu’il paraisse juste . Je voulaisque le public ne voit pas le Petit Prince que j’ai dessiné mais celui qui est dans son coeur, dans sa tête .

Parce que la partie en stop-motion est magnifique

On lui doit une des grandes réussites du film : 16 minutes d’animation en stop-motion qui retracent les grandes lignes du conte de Saint-Exupéry et qui sontvéritablement extraordinaires . Autour, il y a une autre histoire, qui se passe dans un monde "réel" (où, dans l'ensemble, les adultes ont oublié qu'ils avaient été enfants un jour). Une petite fille y rencontre par hasard l'aviateur du roman de Saint-Exupéry, celui qui a croisé le Petit Prince alors que son avion était en panne dans le désert.

Mark Osborne explique :

La stop motion m’a parue être la bonne solution pour créer quelque chose qui soit plus poétique, qui évoque l’enfance, des jouets qui bougent… Cela semblait êtrela bonne façon de protéger le livre.

De la queue du renard à l’écharpe du Petit Prince, tous les éléments de la partie du film en stop-motion sont faits de papier… pour un résultat splendide et délicat. Une façon d'évoquer la matière du livre, mais aussi de passer à l'écran un peu de l'essence même du projet : “J’avais vu les manuscrits originaux" explique Mark Osborne, "ils étaient très abîmés, avec des brûlures de cigarettes par endroits... On ressentait la nature éthérée du papier, comme quelque chose qui allait disparaître."

Jamie Caliri et Alexander Juhasz , qui ont réalisé cette partie en stop-motion, n’en sont pas à leur première collaboration - ni leur premier succès : ils s’étaient fait connaître auparavant notamment grâce à la publicité primée pour United Airlines, le générique final des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire et celui d'ouvertur de la série drôle / amère The United States of Tara.

Pour les curieux, quelques figurines du film sont à découvrir à la galerie Art Ludik (Paris) jusqu'en septembre.

Parce qu’on n'attendait pas là le réalisateur de “Kung Fu Panda”

Mark Osborne est connu pour le grand succès critique et public Kung Fu Panda (2008). Il a aussi réalisé Bob l’éponge (la version de 2002), Monstres contre Aliens (2009) et Hop (2010)... Il est un peu surprenant de retrouver ce réalisateur de films à gros budget hollywoodiens dans un film adapté d'une oeuvre poétique française dont le budget atteint à peine la moitié de la norme hollywoodienne. Il reconnaît avoir hésité avant de travailler sur le film : “Je connaissais très bien le livre et c’est précisément pour cela que ma première réaction a été de dire non.J’étais convaincu qu’on ne pouvait pas le transposer tel quel. Et puis, j’y ai repensé et je me suis rendu compte que l’histoire du Petit Prince était trop belle pour laisser passer une telle opportunité .”

Il a bien fait de la saisir… D'une part, parce qu'en englobant le roman deSaint-Exupéry dans une autre histoire, Mark Osborne a trouvé une astuce assez fine pour protéger l'oeuvre de Saint-Exupery. Et d'autre part, parce qu'il a réussi à aborder le roman sous un angle intéressant : “Au fond, le film parle de comment le livre fonctionne, comment il change nos vies .”

Lui ne s’inquiète pas de surprendre son public : “Je n’ai pas toujours tout compris aux films qui ont eu un impact sur moi quand j’étais petit. C’est un des pouvoirs de l’animation, cela vous jette un sort : vous rentrez dans l’histoire même si vous n’avez pas toutes les réponses. Les enfants sont beaucoup plus malins que les gens ne le supposent .”

Image extraite du film "Le Petit Prince" de Mark Osborne (2015)
Image extraite du film "Le Petit Prince" de Mark Osborne (2015) © 2014 LPPTV - Little Princess - ON Entertainment - Orange Studio - M6 Films

Parce que l'équipe réunie pour le film est extraordinaire

Outre Mark Osborne à la réalisation , on retrouve dans l’équipe du film, à tous les niveaux, beaucoup de grands noms - et cela en dépit d’un budget réduit, on le rappelle :

La chanteuse Camille y interprête plusieurs titres musicaux. Les personnages du monde “réel” ont été dessinés par Peter de Sève, créateur talentueux qui a travaillé auparavant pour la saga L’Age de glace , mais aussi Mulan , Tarzan , Le monde de Nemo ... L’univers visuel du film a été pensé par Lou Romano (Annie Awards en 2005 pour Les Indestructibles , il a aussi travaillé sur Là-haut ) Sans oublier le casting des voix, très réussi : dans la version française, on retrouve les voix d’André Dussollier qui prête sa voix au narrateur du Petit Prince ainsi qu’au grand-père excentrique et candide, Vincent Cassel campe avec réussite le renard philosophe qui prodigue ses conseils essentiels au Petit Prince, Guillaume Gallienne un formidable serpent, Marion Cotillard incarne la rose vaniteuse et amoureuse du Petit Prince, Florence Foresti prête sa voix à la maman du film… Côté US, le casting n’est pas moins riche : James Franco, Rachel McAdams, Benicio del Toro , Jeff Bridges ... “Il nous fallait aussi des voix très fortes, car les acteurs ne pouvaient parfois camper leur personnage qu’en cinq ou six répliques” explique le coproducteur Dimitri Rassam.

►►► VOIR LE FILM | sortie le 29 juillet en France

►►► EXPOSITION | Les dessins originaux des characters design Peter de Sève et Alexander Juhasz sont exposés jusqu'à septembre à la Galerie Art Ludik (Paris)

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