Ce qu’il y a d'épatant avec François Bégaudeau, c’est que le grand amateur de football qu’il est n‘hésite jamais à faire passer le ballon, y compris pour marquer contre son propre camp. C’est ce qu’il vient intégralement de faire avec quelques passes de toute beauté que l’on peut voir et plutôt lire dans « L’Express » de cette semaine. Interrogé par Jérôme Dupuis, l’auteur d’ « Entre les murs » déclare d’entrée de jeu que « la palme d’or (lui) a plutôt nui ». Figurez-vous que la Commission d’avance sur recettes du CNC a osé lui refuser un projet. Il est obligé d’y retravailler dessus. Quelle déveine. Pour lui, les choses sont claires, il est l’objet d’un complot : « Pas mal de gens dans la presse ou sur le Web adorent me cartonner. » Mais, non, François, vous vous trompez, Alain Resnais, Paul Vecchiali ou Jean-Pierre Mocky, trois exemples parmi tant d’autres qui me viennent en tête à l’instant, ont vu leur projet recalé par ladite Commission. Ils n’ont pas crié au complot pour autant. Il est vrai qu’écrire ou plus précisément adapter le scénario d’une palme d’or a de quoi vous tourner la tête…Mais c’est là d’ailleurs que les choses commencent à se gâter, car François Bégaudeau désormais palmé et césarisé a des idées sur ce qu’est le cinéma : « Peut-être « Entre les murs » fera-t-il évoluer l’univers de la production de cinéma. Après tout, nous avons prouvé qu’on pouvait faire un film sans histoire, au sens classique du terme. Et pourtant il a eu du succès. Nous verrons d’ici quelque temps si ce film, mais aussi « La Graine et le mulet » et « L’Esquive » ont ouvert la voie. » Finalement, je crois que ce que j’aime le plus chez François Bégaudeau, c’est son incommensurable modestie. Il y aura donc le cinéma avant F.B. et après F.B… Je ne suis pas certain que Kechiche apprécie d’être ainsi embarqué dans le même navire. J’ai déjà écrit ici même qu’à mon sens son « Esquive » est l’anti « Entre les murs ». Et que « La Graine et le mulet » soit un film « sans histoire », comme l’affirme F.B., relève au mieux de l’incompréhension au pire de l’ineptie. A un autre moment, F.B. revient sur « Entre les murs » et scinde en deux partis antagonistes les spectateurs qui ont vu « une célébration de la vitalité et de l’intelligence des collégiens » ou bien ceux qui en ont conclu que « les jeunes sont cons ». Et F.B. d’oublier comme d’habitude ce qui est le vrai sujet de son livre puis du film : un prof. Et qui plus est un prof en total échec scolaire, ce qu’ont parfaitement résumé des petites collégiennes interrogées à la sortie d’une projection du film : « On aimerait pas l’avoir ce prof, il est nul. » La vérité sort toujours etc… Mais depuis les splendides hauteurs d’où il pense, théorise, pérore et écrit, l’éthéré F.B. voit haut et large : « Moi, je n’ai qu’une amie, la complexité. ». A l’image de son « personnage » qui, dans le film, censurait l’étude de Voltaire pour ses élèves jugés par avance incapables de saisir l’esprit du philosophe. Complexe ? Simplet !La phrase du jour ? « Je n’ai jamais choisi entre Diderot et les Wampas. » F.B., mars 2009

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