Une exposition sur un cinéaste… Après tout, l’exercice m’a toujours laissé dubitatif par principe. Un cinéaste s’expose à travers ses films, un point c’est tout. Il y a dans cet exercice assez récent il faut le dire comme un parfum de modernité obligé. Il y a vingt ans faisait-on des expositions sur Renoir, Dreyer ou Bergman ? Peut-être, mais j’ai des doutes. Désormais, tout fait exposition, tout se retrouve au musée, tout est patrimoine. Avec pour le cinéma un danger réél : aller voir l’expo sans aller voir les films. Regarder quelques extraits des films forcément projetés et se dire qu’on a tout vu. Passer de salle en salle en picorant dans l’univers du cinéaste en question. Pour quelles émotions ? Pour quels souvenirs ?L’exposition Fellini du Musée du Jeu de Paume à Paris m’ ainsi laissé perplexe. Tout est là : les lieux, les thèmes, les visages, les fantasmes, les images cultes, les actrices, les rondeurs, les extravagances, les dessins, les photos, les affiches, les extraits de films sur grand écran vidéo,….Tout sagement ordonné autour de thématiques classiques. Tout lentement déployé comme un laborieux travail de mémoire. Mais là-dedans, où est donc Fellini ? Et plus encore que veut-on nous dire d’intéressant sur son univers et son cinéma ? Manifestement, on ne s’est ici posé aucune question sur le le « comment montrer ? ». D’une scénographie plate et scolaire se dégage un ennui mortel. Rien ne vient rompre la monotonie d’un déroulé sans âme. Or, pourquoi exposer Fellini, s’il ne s’agit que d’une question de support ? Au lieu d’être dans un livre, les dessins, affiches et autres textes et documents écrits sont au mur. Au lieu d’être dans un cinéma, leur lieu naturel, les films sont en vidéo. Et ainsi de suite. Le résultat est flagrant et réjouira ceux qui ne peuvent facilement se rendre au Musée du Jeu de Paume (à Paris donc !), le plus intéressant dans cette exposition trop sage, c’est le catalogue qui reprend les documents exposés. Intitulé "Fellini, la grande parade", il est l'œuvre évidemment du Commissaire de l'éxposition, Sam Stourdzé (éditions Anabet, Jeu de Paume). Pour ma part, je n’ai ressenti qu’un unique moment de grâce en tombant, en haut d’un escalier mal éclairé, sur un petit bout de film mal ficelé mais qui montre un court moment du tournage de « Satyricon » alors qiu’un acteur se met à chanter du Dylan durant une pose. Cela ne dure que quelques brèves minutes. On y voit notamment Fellini et Alain Cuny. On ne s’en lasse pas et on redemande. Mais il faut se contenter de cette petite merveille. On songe en repartant déçu aux merveilleuses expositions que La Cinémathèque française sait organiser depuis quelques années sous la houlette inspirée de Serge Toubiana (Almodovar, Méliès, Hopper, Guitry, Tati,…). On se dit qu’à chaque fois il y a eu manifestement une réflexion préalable sur le « comment montrer », avec quels dispositifs scéniques et ludiques, en utilisant quels moyens ? Bref, en organisant une exposition et non une mise à disposition, en prenant des risques esthétiques et en proposant une lecture de l’univers du cinéaste exposé. C’est tout ce qui manque à cete exposition Fellini et c’est regrettable.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« La paresse est une béatitude de l’âme qui la console de toutes ses pertes et la fait renoncer à toutes ses prétentions. »François de La Rochefoucauld, « Réflexions »

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