Deux femmes, deux figures de femmes traversent comme deux comètes le festival de Cannes. Deux victimes qui se débattent contre la fatalité, avec comme armes, leur obstination et leur humanité. Il y a d'abord Lorna. Le nouveau personnage des frères Dardenne (surnommés "les Frères", en Belgique). Dans "le silence de Lorna", une jeune femme albanaise immigrée en Belgique fait partie d'une machination contre celui qu'elle a épousé pour obtenir la nationalité belge, un jeune toxicomane qui essaye d'arrêter la drogue (Jérémie Rénier). Elle n'a qu'une hâte : divorcer pour se remarier à un russe et, avec l'argent récolté de ce trafic mafieux, vivre enfin avec son amoureux kosovar et tenir un snack avec lui. Sur le papier, la machinerie est au point. Lorna a le visage sévère et déterminée d'une victime prête à tout pour sauver sa peau. Mais sa froideur s'efface quand son mari drogué est assassinné par le milieu. Persuadée d'être enceinte de cet homme qui commençait à lui plaire, elle éprouve enfin pour lui amour et compassion. Du remords, sans doute. Sa culpabilité est là, énorme. Pourra-t-elle survivre librement? Coupable, Lorna, forcément coupable et désireuse de rompre le silence. Antipathique a priori, elle s'ouvre peu à peu et son errance devient avec la caméra plus calme des Dardenne, une envolée très émouvante. Un film peu aimable que l'on rejette au départ et qui subtilement nous apprivoise.Angelina Jolie est elle aussi émouvante dans le film de Clint Eastwood, "L'échange". Le fils du personnage qu'elle incarne (nous sommes en 1928 et ses bouclettes années folles lui vont très bien) a diparu. La police qui souhaite reconquérir sa crédibilité auprès de l'opinion prétend avoir retrouvé l'enfant, 5 mois après sa disparition, mais la mère ne reconnaît pas son fils. Accusée d'hystérie, internée même en hôpital psychiatrique, elle subira tous les affronts d'une société machiste et autoritaire et même si le pire semble arrivé, elle gardera toujours espoir. Le dernier mot qu'elle prononce après deux heures 21 est d'ailleurs "hope", espoir.Clint Eastwood maîtrise parfaitement son langage cinématographique, assumant un classicisme irréprochable (mouvements de caméras très lents, l'image qui se perd dans l'image qui arrive, petite notes de jazz composé par ses soins pour appuyer le mélo), mais que l'on peine un peu à applaudir. Sa peinture d'une femme offensée et pourtant déterminée est irréprochable, mais il y a une fois encore dans son cinéma un côté "bel ouvrage" devant lequel tout le monde s'incline ici à Cannes, alors qu'il dégage aussi l'image d'un cinéma de papa. Certes, certes... un élégant papa.

L'échange
L'échange © Radio France
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