Au terme de deux semaines cannoises très attendues, après une année sans Festival, le jury a remis la Palme d'Or au film de Julia Ducournau "Titane" - récompense annoncée par erreur en début de cérémonie par Spike Lee. Les comédiens Caleb Landry Jones et Renate Reinsve ont remporté les prix d'interprétation.

Julia Ducournau, entourée par les vedettes de "Titane", Agathe Rousselle et Vincent Lindon, au pied des marches ce samedi
Julia Ducournau, entourée par les vedettes de "Titane", Agathe Rousselle et Vincent Lindon, au pied des marches ce samedi © AFP / John MACDOUGALL

C'est certainement un moment qui restera dans les annales du Festival de Cannes, et l'annonce la plus insolite pour une Palme d'Or : alors que la maîtresse de cérémonie Doria Tillier demandait au président du Jury Spike Lee quel était le premier prix à remettre, celui-ci a brièvement annoncé le nom... de la Palme d'Or. Un nom confirmé en fin de cérémonie : c'est "Titane", le second long-métrage de Julia Ducournau, qui remporte la plus prestigieuse récompense du Festival. C'est seulement la deuxième fois, dans l'histoire du festival, qu'une femme reçoit ce prix (après Jane Campion en 1993 avec "La Leçon de Piano").

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Le film radical de la cinéaste française, porté à l'écran par Agathe Rousselle et Vincent Lindon, avait divisé le public et la critique après sa projection, pour ses scènes d'une intense violence. Il a, semble-t-il, conquis le jury. "Merci au jury de laisser rentrer les monstres", a déclaré la réalisatrice, très émue, sur scène, après avoir évoqué le fait que certains commentaires avaient qualifié de "monstrueux" son film.

Invitée mercredi sur France Inter, la cinéaste avait expliqué que son but était justement de "faire d'abord sentir des choses corporellement aux spectateurs avant qu'ils aient le temps d'analyser cela".

Le Grand Prix, deuxième prix le plus prestigieux du Festival, décrit comme "jumeau du lauréat" par Oliver Stone, revient à deux films ex-aequo : "Ghahreman" de Asghar Farhadi et "Compartiment n°6" de Juho Kuosmanen. Le prix du Jury, a également été décerné à deux films ex-aequo : "Le Genou d'Ahed" de Nadav Lapid et "Memoria" de Apichatpong Weerasethakul, qui avait remporté la Palme d'Or en 2010 (avec "Oncle Boonemee").

Le Jury, présidé par Spike Lee (première personnalité noire à occuper ce titre) et composé entre autres de Mylène Farmer, Mélanie Laurent, Mati Diop ou Tahar Rahim, a également récompensé la comédienne norvégienne Renate Reinsve, remarquée pour sa prestation dans le film "Julie (en 12 chapitres)" de Joachim Trier : elle remporte le prix d'interprétation féminine. L'Américain Caleb Landry Jones a reçu le prix d'interprétation masculine pour son rôle de Nitram, un jeune homme vivant en marge, dans le film du même nom, réalisé par Justin Kurzel. 

Parmi les films qui avaient été remarqués pendant le festival, le film japonais "Drive my car" a été récompensé par le prix du meilleur scénario, allant à Hamagushi Ryusuke (son réalisateur) et Takamasa Oe. "Annette", qui avait fait l'ouverture du Festival, repart avec le prix de la mise en scène remis au réalisateur Leos Carax – absent pour récupérer le prix, et remplacé par les membres du groupe Sparks, qui ont co-écrit le film et composé sa musique. 

La Caméra d'Or pour Antoneta Alamat Kusijanovic

La Caméra d'Or, qui récompense les jeunes cinéastes au talent prometteur parmi toutes les sélections, a été remis à la réalisatrice Antoneta Alamat Kusijanovic pour le film "Murina" (qui était sélectionné en quinzaine des réalisateurs), "une plongée dans les grands fonds et une exploration du désir", selon la présidente du jury de la Caméra d'Or, Melanie Thierry. 

Plus tôt, les autres sélections parallèles avaient aussi décerné leurs prix : dans la sélection "Un Certain Regard", c'est la cinéaste Russe Kira Kovalenko qui a été récompensée avec "Les poings desserrés". Vendredi, la "Queer Palm", prix LGBTQI dont le jury était présidé par Nicolas Maury, a été remis au film "La Fracture" de Catherine Corsini, qui était en sélection officielle par ailleurs. Jeudi, le Grand Prix de la semaine de la Critique avait été remis au film "Feathers" de l'Égyptien Omar El Zohairy. 

Une sélection riche cette année

Avant de découvrir le troisième épisode des aventures de l'agent secret OSS 117, le public du Palais des Festivals de Cannes a pu applaudir le réalisateur italien Mario Bellochio, qui s'est vu remettre une palme d'or d'honneur salut ses cinquante ans de carrière. Il avait présenté, vendredi, son dernier film, un documentaire intitulé "Marx peut attendre". 

Avec 24 films en compétition, la sélection de ce festival comportait de nombreux grands noms, dont plusieurs cinéastes habitués de la Croisette : Ampchatpong Weerasethakul, Leos Carax, Paul Verhoeven, Nanni Moretti ou encore Jacques Audiard. Beaucoup de films français en sélection, également, des coups de coeur de la critique comme "Drive my car" du Japonais Ryusuke Hamaguchi, et des films qui ont divisé public et critiques, comme l'intense "Titane", finalement couronné par la Palme d'Or.

Rendez-vous dimanche soir à 20h pour découvrir le commentaire de ce palmarès par les critiques du Masque et la Plume

Le palmarès complet du Festival de Cannes : 

  • Palme d'Or du court-métrage : "Tous les corbeaux du monde", de Tang Yi
  • Caméra d'Or : Antoneta Alamat Kusijanovic pour le film "Murina"
  • Palme d'Or d'honneur : Jodie Foster et Mario Bellochio
  • Prix d'interprétation masculine : Caleb Landry Jones, dans "Nitram" de Justin Kurzel
  • Prix du Jury : "Le Genou d'Ahed" de Nadav Lapid et "Memoria" de Apichatpong Weerasethakul (ex-aequo)
  • Prix d'interprétation féminine : Renate Reinsve dans "Julie (en 12 chapitres)" de Joachim Trier.
  • Prix du scénario : "Drive my car", écrit par Hamagushi Ryusuke (son réalisateur) et Takamasa Oe
  • Prix de la mise en scène : Leos Carax pour "Annette"
  • Grand Prix : "Ghahreman" de Asghar Farhadi et "Compartiment n°6" de Juho Kuosmanen (ex-aequo)
  • Palme d'Or : "Titane" de Julia Ducournau