Dans le nouveau numéro de « Télérama », mon excellent confrère Aurélien Ferenczi revient sur « Entre les murs » de Laurent Cantet pour s’étonner que ce film puisse faire débat dans le monde enseignant. Ce film, « c’est du cinéma », nous dit Ferenczi, « une fiction » et par conséquent, circulez il n’y a rien à discuter. On adhérerait volontiers à ce propos si François Bégaudeau, auteur de l’ouvrage adapté et acteur principal, n’avait pas quelques idées bien arrêtées sur ce que devrait être le système éducatif de ce pays. On serait d’accord avec Aurélien Ferenczi si Laurent Cantet, de son plein gré, n’avait pas débattu à longueur de colonnes et d’antenne avec des… enseignants qui n’avaient, eux, rien de fictif. Bref, qui veut faire l’ange fait la bête : les auteurs de ce film ont bien un discours sur l’enseignement qu’ils font passer à travers ce qui, par ailleurs, n’est pas à proprement parler une fiction. Mais passons sur les débats sémantiques et venons-en au cœur des choses.Au détour d’une phrase ou plutôt d’une parenthèse, Aurélien Ferenczi stigmatise un hebdo « que l’on croyait progressiste », écrit-il, et lui reproche de faire le jeu de ceux qui critiquent le contenu du film. Houlà, Aurélien ! Que ce raccourci est dangereux ! Ainsi donc, qui est pour Cantet est un joyeux réformateur progressiste, mais qui émet des réserves devient un dangereux conservateur, voire même peut-être un sinistre réac !Les choses sont-elles vraiment si simples ? Qu’entend-on au tout début du film, sinon un prof de Lettres (joué par Bégaudeau) qui sans même connaître ses élèves affirme que Voltaire n’est pas pour eux et qu’il est inutile de le leur enseigner. La grande littérature pour les collèges du Vème arrondissement parisien et le slam pour la ZEP du XX ème ? C’est cela être progressiste ? C’est capituler avant même le « combat » lequel consiste à penser que ces élèves-là, comme tous les autres, méritent bien qu’on fasse cet effort de transmission ? C’est le fatalisme et le déterminisme à ce point ? On pourrait presque voir au contraire dans l’attitude de ce prof un élitisme hautain, bien loin de toute idée de progrès, tout près de la notion de reproduction des inégalités sociales et culturelles par l’école elle-même. Oublier volontairement Voltaire (et les autres), n’est-ce pas tout simplement renoncer à ce qui fait le fondement même de l’école ? Comme quoi rien n’est simple. Alors, de deux choses l’une. Ou bien on considère ce film comme une pure fiction et l’on oublie en effet toute idée de débat « politique ». Ou bien on estime qu’il porte un discours et alors tout est discutable, y compris l’idée qu’il s’agirait d’un film absolument progressiste !A part ça, je ne peux que vous inciter à lire ensuite dans le même numéro de ce bel hebdo qu’est « Télérama » un entretien très plaisant et très réjouissant avec Woddy Allen mené de main de maître par… Aurélien Ferenczi. Cantet nous sépare, Woody nous rabiboche, tant mieux !Je viens de terminer le livre que Jean-Pierre Lavoignat et Christophe d’Yvoire s’apprêtent à publier aux éditions Sonatine sur les « 30 ans de cavale de Mesrine dans le cinéma », autrement dit sur l’incroyable saga qu’a constitué l’adaptation de la vie de Mesrine par le cinéma. Tout a commencé à la fin des années 70 quand Belmondo a acheté les droits des « mémoires » de Mesrine, « L’Instinct de mort ». Même Godard s’y intéresse alors. Après une réunion, il confie à Belmondo, totalement liquéfié, sa façon de voir les choses : « Je te filmerai de face, assis sur une chaise en train de lire l’intégralité du bouquin de Mesrine et le film s’appellera « Frères Jacques » ». Du pur Godard ! Vous imaginez bien que les choses en resteront là. Le livre est truffé de ce genre d’anecdotes. Il pourrait à lui tout seul faire un film et c’est une lecture réjouissante.On apprend que le film qui a fait le meilleur score dans les salles ce mercredi parmi les nouveautés, c’est « Go fast ». De ce film, je n’ai retenu qu’une réplique définitivement mémorable parce que profondément crétine : « C’est un bon flic, et en plus il est Français ». Il va sans dire que « Go fast » est trop pressé pour cultiver le second degré. Restons-en là par conséquent.La phrase du jour ? « Le cinéma, c’est du cirque ! » Jean-Pierre Mocky

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