En image finale du nouveau film de Jean-Luc Godard, un carton avec indiqué dessus « No comment ». On devrait prendre littéralement au mot JLG et ne faire aucun commentaire à la suite de son film. Et ce d’autant plus qu’il s’est appliqué cette règle à lui-même en ne venant finalement pas à Cannes présenter son film. Une politique de la chaise vide quelque peu dérisoire à l’heure où le cinéaste iranien Panahi, invité à faire partie du Jury, pratique la même politique mais contraint et forcé, c’est à dire du fin fond de sa prison de Téhéran. Nul doute que JLG ferait son miel d’un tel parallèle s’il n’y était pas impliqué. Etre absent volontairement quand un autre ne peut être présent malgré lui, c’est un privilège, presque un comportement de gosse de riche. L’un peut parler et se tait. L’autre se tait et voudrait parler… Le Suisse cultive le secret, l’Iranien pratique le cri muet. Mais, passons.

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Et ce « FILM SOCIALISME » alors ? Un Godard à n’en pas douter ! Un pur Godard dernière époque. Avec citations, invités, petite fiction, collages, sons décalés, absents ou amplifiés. Bref, avec du cinéma. Rien n’a vraiment changé depuis les premières images de « A BOUT DE SOUFFLE ». Revoyez-les, comme j’en ai eu l’occasion récemment, et vous constaterez vous aussi que la liberté grande qui fait le socle du cinéma de JLG é était déjà là. Rien de réaliste dans ce que l’on voit, tout dans le montage et la juxtaposition de l’image et du son. Peut-être ne faudrait-il commenter chaque nouveau film de Godard que de cette façon : son (r)apport avec films précédents, la façon dont il s’insère dans une filmographie cohérente. Et si ce film-là devait oiu pouvait être vu comme le film-testament sur « notre Europe » mais aussi « notre cinéma ». Et de fait Godard revisite ce que nous connaissons déjà : la Méditerranée, le cinéma soviétique, les films d’Agnès Varda, la famille,.. On ne comprend pas tout ? On ne saisit pas tout ? Oui, assurément. Enfin en ce qui me concerne c’est oui ! « C’est ce que vous ne comprendrez pas qui est le plus beau ». Ce sera mon ajout aux multiples citations de Godard. Et c’est du Claudel extrait du « Soulier de Satin ». Mais parmi ce que je comprends, ce que je sens et que je ressens, il y a suffisamment de fulgurances, d’éclairs qui zèbrent l’écran, de collages lumineux pour mon bonheur de spectateur. Le film de Godard est celui d’un cinéaste devenu nomade au sein de notre patrimoine d’images et de sons (donc de cinéma), vagabondant aussi du côté des idées et des concepts. La référence aux plages de Varda n’est pas innocente : Godard lui aussi arpente ses plages passées et présentes, se livrant à une activité chère à l’auteur de « SANT TOIT, NI LOI » : Godard est un glaneur, le glaneur par excellence. C’est la raison pour laquelle assurément, ses pas ne l’ont pas porté à Cannes…

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