Il est exactement 23h50. Retour de projection de « Kinatay » le film de Brillante Mendoza qui fait partie de la compétition officielle. De ce réalisateur philippin, j’ai vu (et apprécié) deux films précédents, « John John » et « Serbis », deux films aux partis pris radicaux, deux films très différents mais passionnants (soit dit en passant, tous deux existent désormais en DVD). Toute la question est de savoir si à 23h50 et quelques, j’ai le courage, l’envie, voire l’abnégation de vous parler de « Kinatay », soit la longue nuit que passe un jeune homme recruté par un gang de Manille spécialisé dans l’assassinat puis le dépeçage. Stop ! Non décidément à cette heure avancée de la nuit, je ne parviens pas à penser un tant soit peu sereinement à cette variation éprouvante sur le thème de la perte de l’innocence. Une chose est certaine : l’ancien chef opérateur qu’est Mendoza soigne sa radicalité esthétique une fois de plus. Nous verrons bien demain, à tête reposée et apaisée, ce qu’il reste de ce voyage au bout d’une nuit d’horreur. Que voulez-vous, on ne peut pas non plus avoir tous les courages… Et puis, autant l’avouer, l’empreinte laissée ce matin par le film de Jacques Audiard ne s’est en rien estompée. Peut-être n’aurais-je pas dû aller au cinéma après ce choc-là en laissant passer une journée entière. Il parait que, ce soir, l’ovation de la grande salle du Festival à la fin de la projection officielle du film d’Audiard, fut « stupéfiante ». A suivre…Rien a contrario ne m’empêche de faire non pas un premier bilan, mais de vous livrer deux réflexions.Tout d’abord, la plupart des films vus jusque là souffrent d’un problème de longueur (à l’exception notable du film d’Audiard, comme par hasard et en dépit de ses presque 2h30 !). Les films d’Arnold, Lou Ye, Campion, Park Chan-Wook et Ang Lee, soit l’ensemble de la compétition projetée jusqu’à ce jour, durent chacun deux heures, voire plus. C’est à chaque fois trop ! On finit par s’ennuyer ferme et se demande à quoi rime cette complaisance. Resserrés, ces films pourraient gagner en qualité. Côté bons points, il faut avouer que l’on a de quoi être sidéré par la justesse des castings et leur force. C’est vrai de tous les films vus jusqu’à présent. Qu’ils soient acteurs confirmés ou débutants, tous les premiers rôles mais vraiment tous sont dignes d’éloges. Si la tendance se confirme, on souhaite bien du plaisir au jury pour les deux prix d’interprétation… il pourrait y avoir de l’ex-aequo dans l’air le moment venu !Il faut maintenant aller se lover et se préparer au choc ( ?) de demain matin 8h30 : la rencontre de Johnny Halliday et de Johnnie To, sans oublier en fin de journée le nouveau Lars von Trier. Il s’agira sans doute d’accrocher nos ceintures. Ce sera mon dernier mot (provisoirement !)La phrase de la nuit ?« Si tu as besoin de quoi que ce soit, il te suffit de siffler. »Marie « Slim », alias Lauren Bacall, à Harry Morgan, alias Humprey Bogart, dans « Le Port de l’angoisse » de Howard Hawks

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