À l’occasion de la sortie d’un coffret de l’intégrale de ses films de 1995 à 2016, découvrons Frederick Wiseman, réalisateur hors-normes, un des grands noms du documentaire.

Crazy Horse, documentaire réalisé par Frederick Wiseman en 2011
Crazy Horse, documentaire réalisé par Frederick Wiseman en 2011 © Zipporah Films

Frederick Wiseman filme les institutions, les lieux mythiques, les quartiers, et approche au plus près les gens qui vivent ou travaillent là ; mais il sait se faire discret, son équipe est légère, et par expérience, il affirme que les protagonistes ne modifient pas leur comportement, ou très peu.

Une dramaturgie proche de celle du réel

Frederick Wiseman :

Quatre-vingt pour cent des gens acceptent l’idée d’être filmés

Ce fringant jeune homme de 86 ans, est non seulement réalisateur, mais aussi scénariste, producteur, monteur, et surtout preneur de son, car il attache un soin particulier à la bande son, n’ayant aucun recours à des musiques additionnelles.

Frederick Wiseman :

Je suis l'homme à la perche

Pour éviter tout aveuglement qui influencerait un choix d’images, Wiseman préfère laisser tourner la caméra, et c’est évidemment au montage qu’il « écrit » véritablement son film, ce film qu’il nous donnera à voir.

Frederick Wiseman :

Je ne prends pas de position idéologique

Frederick Wiseman en montage en 1997
Frederick Wiseman en montage en 1997 © Getty / Portland Press Herald

Frederick Wiseman effectue le montage dans la solitude, ce qui lui permet d'évaluer sa propre responsabilité, et dans la sélection des scènes, d'imposer un choix en créant une tension dramatique. Le montage, phase décisive de la production lui prend une année par film.

Le réalisateur nous offre donc un documentaire tous les deux ans à peu près ; et qui couvre plusieurs heures, comme le ferait une vraie rencontre, de celles qui marquent dans la vie.

En effet, regarder , traverser et vivre un film documentaire de Frédérick Wiseman n’est jamais anodin. Que ce soit en France ou aux États-Unis, dans les institutions publiques ou dans la rue, nous pénétrons dans une histoire qui se développe souvent de façon kaléidoscopique.

Frederick Wiseman :

Je pense que les spectateurs peuvent entrer dans les événements

Domestic Violence (2001-2002)
Domestic Violence (2001-2002) © Zipporah Films

Mais la vérité du documentaire, si complexe soit-elle, intègre avec naturel toutes les ambiguïtés. L’aspect stimulant de tous les films de Wiseman vient de cette ouverture sur le concret, sur le forum d’une humanité toujours en mouvement, et où la parole tient une place majeure en tant qu’acte politique.

Radio France accueille Frederick Wiseman

Ces derniers mois, plusieurs émissions ont accueilli le réalisateur sur France Inter, et lors du Festival de Cannes, France Culture a honoré Wiseman en lui remettant le Prix France Culture Cinéma, Consécration 2016 pour l’ensemble de son œuvre.

Samedi 26 mars 2016, sur France Inter, dans l’émission On aura tout vu, de Christine Masson et Laurent Delmas, vous pouvez suivre en réécoute un entretien avec Frederick Wiseman, à l'occasion de la sortie de son nouveau film, In Jackson Heights, portrait haut en couleur d’un quartier de New York parmi les plus cosmopolites du monde.

Le samedi 21 mai 2016, sur France Inter, Frederick Wiseman était également l’invité de Laure Adler dans l'émission Permis de Penser, où il était question du documentaire comme engagement vis-à-vis de la réalité, qu'elle soit politique, sociale ou poétique.

Le 8 novembre 2016, lors de sa fameuse Nuit Américaine, Radio France a également invité le réalisateur pour débattre de la situation nouvelle et lui a donné carte blanche pour un choix de ses œuvres diffusées au studio 105 de la Maison de la Radio.

Ce soir-là, Frederick Wiseman avait choisi trois films de la période 1968/1975 :

  • High School, 1968, caractéristique du cinéma direct dont le réalisateur est l'un des pionniers aux États-Unis, et témoignage des standards d'éducation de la fin des années 1960 dans ce pays.
  • Law and Order, 1969, tourné dans un commissariat de police de Kansas City, état des lieux d'une société rongée par le racisme, la pauvreté et la violence.
  • Welfare, 1975, sur les dysfonctionnements du centre d'aide social de Manhattan.

Du lundi 16 au vendredi 20 mai 2016, sur France Culture, la retransmission de la série À Voix Nue avec Frederick Wiseman, enregistrée avec Charlotte Garson en novembre 2006. Cinq émissions qui donnent le temps de comprendre les enjeux du documentaire et l'amplitude du cinéaste dans notre désir de comprendre le monde.

L'intégrale des œuvres de Frederick Wiseman se trouve dans le catalogue Radio France.

Frederick Wiseman, qui a filmé au plus près les institutions américaines, donne son sentiment sur cette société où la question raciale demeure centrale, dans l'émission L'Heure Bleue de Laure Adler du 17 janvier 2017.

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