« Les Herbes folles »… Quel beau titre, non ? C’est celui du film d’Alain Resnais projeté aujourd’hui. Alain Resnais, cinéaste français, né en 1922. Le temps ne fait rien à l’affaire, on en conviendra. Juger ce film à l’aune de l’âge de l’un des derniers tontons fringants du cinéma français n’aurait aucune pertinence, bien au contraire. Et pourtant la tentation est grande de dire : quelle liberté, quelle juvénilité ! Resnais joue avec tout : le cinéma, les codes, le soap, la télé, les acteurs, le langage, les clichés et, en premier lieu, nous, ses spectateurs. De quoi s’agit-il d’un point de vue strictement narratif ? Marguerite Muir (oui, comme la dame du fantôme, oui, Gene Tierney définitivement, on comprend que le regret d’un cinéaste, c’est de n’avoir pu la diriger…) Madame Muir doinc se fait voler son sac à la sortie d’un magasin de chaussures. Georges ramasse peu après le portefeuille de Marguerite dans un parking. Elle, c’est Azéma. Lui, c’est Dussolier. Et alors ? Rien ! Si, la voix off parfaite d’Edouard Baer pour commenter tout ça. Commenter quoi ? des gestes, des actions, des gesticulations que Resnais capte avec gourmandise. Le tout servi par des dialogues à mourir et de rire et de vacuité abyssale. Dialogues d’autant plus creux que, comme dans la vraie vie, leurs auteurs les répètent et les ressassent… Souvent en étant incrustés dans l’écran avec halo de lumlière sulpicienne : on se croirait dans des télénovellas idiotes. C’est exprès. C’est voulu. C’est posé. Oui, c’est du cinéma tout ça.Alors on en revient quand même à l’âge du capitaine lequel n’est pas bien raisonnable de terminer son film avec une phrase parfaitement incompréhensible. Mais enfin, de qui se moque-t-il Resnais ? De nous, donc de lui, évidemment. En recréant nos vies de carton pâte télévisuel. Il s’amuse, et nous avec. On est heureux de voir ce film ici à Cannes, comme une respiration nécessaire, une confiture maison, un verre de Château-Grillet. Fumer ou ne pas fumer ces herbes folles ? Fumer, sans réserve. Et rire avec. Et faire tourner !La phrase du soir ?« Frappez, et on vous ouvrira » Matthieu, VII, 7

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