Furyo
Furyo ©

Je me souviens avoir usé la cassette sur laquelle j'avais copié le 33 tours pour pouvoir l'écouter sur mon walkman en allant en cours*.

Furyo ressort donc en salle dans une version restaurée.

Le revoir ... ou pas.

Manger la madeleine jusqu'à la dernière miette ou rester sur les souvenirs...

A vous de voir

Furyo fut l'une des sensations du festival de Cannes 1983.

Nagisa Ôshima avait déjà défrayé la chronique avec le sulfureux "Empire des sens". Ici, il évoque l'homosexualité et prend un grand plaisir à flirter avec des limites jusque là peu explorées : les rapports d'intimité entre hommes. Oshima manie avec délectation les thèmes du désir, de la violence et de la domination.

Le film s'inspire de deux livres autobiographiques de Laurens van der Post dans lesquels il raconte son expérience des camps de prisonniers japonais pendant la seconde Guerre Mondiale. Dès sa lecture en 1978, Oshima a envie d'en faire un film. Il obtient sans problème l'accord de Sir Laurens, mais pour des raisons diverses et principalement financières, le projet mit cinq ans à se réaliser.Voilà ce qu'il déclarait Laurens van der Post peu après la sortie du film : "Furyo est une oeuvre superbe, unique, profondément émouvante. C’est le seul film que je connaisse à ne pas exploiter le drame et les horreurs visibles de la guerre, et à en dégager les racines et la signification profonde pour l’esprit humain. C’est en outre, un film d’un courage et d’une honnêteté inflexibles, qui scrute avec le même regard, franc et direct, la psychologie des Japonais et des Européens. L’imagerie et le symbolisme, qui sont la langue naturelle d’Oshima, parlent directement à chacun de nous, dans un langage qui ne demande pas de traduction et qui ne peut manquer d’être compris. "

L'histoire

Le film raconte les relations entre quatre hommes dans un camp de prisonniers japonais à Java en 1942. Les personnages sont le major Jack Celliers (David Bowie), un prisonnier rebelle tourmenté par un secret coupable de jeunesse, le capitaine Yonoi (Ryūichi Sakamoto), le jeune commandant du camp entièrement dévoué à son pays, le lieutenant colonel John Lawrence (Tom Conti), un officier britannique qui a vécu au Japon et parle couramment le japonais et le sergent Hara (Takeshi Kitano), qui semble être une brute mais qui possède encore un peu d'humanité et entretient une relation privilégiée et amicale avec Lawrence, rendue délicate du fait des conditions de guerre.

Un casting étonnant

La gloire promise au film repose en grande partie sur l’idée de confronter à l’écran deux pop stars mondiales. Furyo doit en grande partie sa célébrité à cette opposition étonnante. Sakamoto brille dans un rôle tout en retenue et nervosité, Bowie éclate à l’écran dès son apparition au coeur d’une salle de tribunal.

Nagisa Ôshima a choisi de proposer le rôle de Jack Celliers à David Bowie après l'avoir vu sur scène à Broadway dans "The Elephant Man" en 1977. Face au très blond britannique, une autre rock star : le très ténébreux Ryuichi Sakamoto.Face à ce "couple", un autre duo, Tom Conti qui joue le Lawrence du titre original était avant tout un acteur de théâtre. Sa carrière prendra un tournant décisif avec ce rôle. De même que celle de Takeshi Kitano. Au générique, seul son prénom apparait. Devenu un acteur et réalisateur reconnu, il était à l'époque un comique populaire uniquement au Japon.

La musique

David Bowie n'a pas souhaité participer à la composition de la musique pour rester concentré sur son rôle, c'est donc Ryuichi Sakamoto qui signe la BO du film ainsi que les paroles du thème principal, "Forbidden Colours" interprété par David Sylvian est devenu un succès mondial.

Furyo de Nagisa Ôshima ressort en salle dans une version restaurée. Le film a été numérisé en 2K directement de l'interpositif, image par image aux laboratoires CINEIMAGE de Londres, nous dit-on. Pour faire simple, ça veut dire que les imperfections ont été éliminées, le grain amélioré, la couleur originale restaurée. Côté son, il a été numérisé à partir des éléments les mieux conservés.

Pour l'anecdote

Furyo en japonais signifie "mauvais garçons" ou "racaille" et c'est le nom que les Japonais donnaient aux prisonniers de guerre. Le titre original "Merry Christmas, Mister Lawrence " est une réplique adressé au personnage interprété par Tom Conti.Dans Stupeur et Tremblements, roman d'Amélie Nothomb, la narratrice fait une allusion à une scène de Furyo.

> Lire l'extraitFuryo ne fut pas primé à Cannes cette année-là. Le jury, présidé par l'écrivain William Styron et composé notamment d'Henri Alekan, Youssef Chahine et Souleymane Cissé lui préféra La ballade de Narayama d'Imamura (Palme d'or),Affaire classé e de Mrinal Sen (Prix du Jury),Monthy Python - Le sens de la vie (Grand Prix Spécial du Jury).Et dans la sélection de cette 36ème édition, il y avait entre autre : L'été meurtrier de Jean Becker, L'homme blessé de Patrice Chéreau, La lune dans le caniveau de Jean-Jacques Beineix,La valse des pantins de Martin Scorcese, L'année de tous les dangers de Peter Weir......►►► POUR ALLER + LOIN |> Bowie Is à la Philharmonie de Paris> Rétrospective Oshima à la cinémathèque Française

*Citer dans la même phrase 3 objets du quotidien devenus totalement obsolètes..... Done !

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