Depuis Jean-Pierre Marielle, on le sait bien : il y a ceux qui "ont la carte" et les autres. L'avantage avec cette réflexion un rien démago mais plutôt joyeuse, c'est qu'au fond personne ne sait vraiment qui détient réellement ladite carte dans la profession visée. Il se peut même que des camps dits adverses se persuadent que c'est le camp d'en face qui est bien vu. Disons alors qu'ici à Cannes, on a la carte quand on devient un habitué régulier du Festival. C'est assurément le cas du cinéaste japonais Kore-eda Hirokazu. Est-ce une tare ? Assurement non, surtout quand on sait que bon nombre de ces habitués sont régulièrement repartis bredouilles après le palmarès. On y verra une sorte de fidélité assurément sympathique. On se dit simplement parfois que la compétition est un bien rude fardeau pour des films certes d'habitués mais qui semblent bien fragiles. C'est le cas à nos yeux de ce "Notre petite sœur" dont voici le synopsis en préambule :

Trois sœurs, Sachi, Yoshino et Chika vivent ensemble à Kamakura. Par devoir, elles se rendent aux funérailles de leur père lequel les avait abandonnées une quinzaine d'années auparavant. Elles y font la connaissance de leur demi-sœur, Suzu, âgée de treize ans. D'un commun accord, les jeunes femmes décident d'accueillir l'orpheline dans la grande maison familiale.

Vous savez ainsi l'essentiel. Vraiment ! Ici, nul secret de famille. Tout est lisse ou presque entre ces quatre-là heureuses de vivre ensemble. On aurait aimé vibrer à l'unissson de cette simplicité, mais à force de regarder une eau tranquille, on se laisse bercer, n'est-ce pas, et doucement s'approche la sieste insidieuse procurée par un cinéma qu'on dirait écrit par le Philippe Delerm nippon... Certes, tout cela est bien filmé. Mais on est loin d'abord d'un Ozu et de son insondable mélancolie. Le minimalisme ne saurait tenir iieu de programme, dès lors qu'il se résume à un naturalisme sans gravité. Mais plus encore, puisque comparaison n'est pas raison, c'est la fracture avec d'autres films de ce même cinéaste qui accentue la déception. Où est donc passé le peintre plus engagé dans son propos, plus sec sec dans ses images, plus tendu dans ses visées ? Celui d'un film de 2004 notamment , "Nobody knows" ? On espère toujours retrouver cette flamme et on sort de la salle avec une petite bougie vacillante et sans vraie lumière. Alors oui, Kore-eda est bien cannois cette année encor. Est-ce vraiment lui rendre service que de l'inscrire ainsi dans une compétition chargée de révéler le meilleur du moment ? Après tout, son film lui-même ne semble pas prétendre à cela. Il y a des moments où l'on peut rendre une carte qui ne vous sert pas pour mieux la reprendre peut-être un jour.... C'est la raison pour laquelle, on continuera d'aller voir les films de Kore-eda à Cannes ou ailleurs, avec le fol espoir chevillé au cœur qu'un jour l'étincelle jaillira de nouveau.

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