Il était une fois trois royaumes voisins où dans de merveilleux châteaux régnaient rois et reines, princes et princesses : un roi fornicateur et libertin ; un autre captivé par un étrange animal ; une reine obsédée par son désir d’enfant… Sorciers et fées, monstres redoutables, ogre et vieilles lavandières, saltimbanques et courtisans sont les héros de cette libre adaptation des célèbres contes de Giambattista Basile.

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le conte des contes
le conte des contes ©

Confessons-le bien humblement et d’entrée de jeu : le nom même de Giambattista Basile m’était parfaitement inconnu avant ce soir et la projection du nouveau film du cinéaste italien, Matteo Garrone, « Le conte des contes ». On se gardera donc de gloser sur la soi disante « libre adaptation » en se promettant bien une fois revenu à Paris de lire dudit Basile lequel est un écrivain napolitain de la fin du XVIè et du début du XVIe siècles. Si j’en crois mes antisèches, Perrault et les frères Grimm l’ont beaucoup lu et adapté. De fait, en voyant le film de Garrone, on songe entre autres à « Peau d’âne », « Le Chat botté » comme à « Cendrillon » et « La Belle au bois dormant ». En beaucoup plus trash toutefois, du moins chez Garrone qui prend manifestement grand plaisir à multiplier le sanguinolent, le baveux, le visqueux avec force détails. Le tout évidemment sous couvert du conte et de l’imagination débridée d’un auteur manifestement en verve. Mais on se fracasse ici sur l’éternel problème de la représentation du rêve et des fantasmes à l’écran. La bande annonce faisait dans le laid, le film…laid aussi ! Il est d’une pesanteur et d’une lourdeur esthétique à nulle autre pareille. En leur temps Cocteau et Demy, par exemple, avaient su montrer que le trivial pouvait voisiner avec le merveilleux, sans que pour autant l’imaginaire du spectateur ne soit privé de son propre territoire. Chez Garrone, c’est exactement l’inverse puisque les effets spéciaux (puce monstrueuse et véritable succédané d’Alien en tête) déballent tout comme autant de preuves d’un financement coûteux et d’une paresse d’invention s’épaulant l’un l’autre. S’ensuit un festival de gueules (les riches sont beaux, les pauvres sont moches, c’est même à ça qu’on les reconnaît…) au service d’une morale qui étrangement s’avère d’une redoutable et lénifiante sagesse. Avec en guise de maxime générale : sous le laid, cherchez le beau et inversement. C’est un peu court, Mattéo. Mais, c’est surtout une belle occasion de revisiter le cinéma de cet italien surestimé depuis son « Gomorra » récompensé ici-même en 2008 puis son navrant « Reality » en 2012. Cette fois, nul message « politique » de première ampleur, nulle dénonciation au canon mais un vaste fourre-tout visuel au casting aussi improbable qu’international (Hayek en Cassel en tête). Multipliant les décors grandioses, Garrone semble ne plus maîtriser son bateau (l)ivre au bout d’un moment. On suit alors dans la plus parfaite indifférence ces histoires horrifiques qui devraient nous toucher, nous émouvoir et nous ramener à ces « Il était une fois » dont nous étions friands. On s’ennuie ferme au contraire dans ce monde bourré de fausses audaces et l’on se surprend même à espérer que l’abominable ogre des cavernes finisse par venir à bout de son insupportable princesse niaisaude. Ce qui est un comble car comme chacun le sait, c’est la princesse qui doit l’emporter. Deux heures au total pour une grosse production italo-franco-britannique sans âme et sans intérêt. Le Festival a bel et bien commencé avec ses films qu’on aime, qu’on adore, qu’on déteste ou dont on se fiche éperdument. « Et que ne durent que les moments doux. », svp.__

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