Ramin Bahrani : de ce cinéaste américain d’origine iranienne, on a vu et apprécié les deux précédents films, « Man push cart » et « Chop Chop », deux portraits très sensibles d’hommes déracinés et plongés dans le tourbillon social nord-américain, deux autoportraits de l’artiste évidemment, deux regards assurément tendres mais définitivement graves. Bahrani nous revient cette fois avec ce « Goodbye Solo » qui convoque non plus un mais réellement deux personnages même si le titre fait référence uniquement à l’un des deux : Solo, le chauffeur de taxi d’origine sénégalaise échoué en Caroline du Nord et qui, comme tous les héros de Bahrani, rêve d’un avenir meilleur et même de septième ciel idyllique en se voyant steward. Si le film restait concentré sur cette figure, il ne ferait qu’arpenter les terres déjà connues des deux autres film de Bahrani et serait le troisième constat d’un échec du contrat social américain dans son volet « intégration ». Mais l’arrivée dans le taxi d’un second personnage change la donne. Ce client pas tout à fait comme les autres (superbement incarné et déjoué par l’acteur Red West, véritable cow-boy parcheminé et tanné, tout droit sorti d’un univers à la Cassavetes, grandeurs et désillusions incluses) s’appelle William. Lui n’a que faire de prendre ou non un éventuel ascenseur social. Il est en route vers sa mort qui l’attend à Blowing Rock, mort convoquée, solitaire et décidée une bonne fois pour toutes. Dans un premier temps Solo le passeur se rebelle comme il se doit puisqu’il croit que la vraie vie est de son côté. Mais William ne descend pas aux Enfers. Il veut simplement prendre sa vie en main, fin comprise. S’ensuit un road movie existentiel (pléonasme), en forme de conversation souvent brutale. Les deux protagonistes s’opposent avec force : l’un se veut plus vivant que vivant, l’autre est déjà ailleurs. Le troisième personnage est alors le taxi, lieu du débat, lieu d’un conflit itinérant et en huis clos. Bahrani excelle dans cette nouvelle fable sur l’intégration comme rêve fou et l’impossible dialogue entre des cultures différentes. Accepter l’autre : vaste problème…« Goodbye Solo » est dans les salles aujourd’hui. Ah ! ça ira !La phrase du matin ?« Salut à l’aurore nouvelleSalut à ce grand jour qui ne doit pas finir ! »Louis Ménard, « Prométhée délivré »

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