La bataille d'Alexandre, victime d'abus dans son enfance, qui, découvrant que son agresseur officie toujours, va entreprendre un combat afin de libérer la parole d'autres victimes.

Grâce à Dieu un film de François Ozon
Grâce à Dieu un film de François Ozon © © Mars Films

Résumé du film

Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences ne laisseront personne indemne.

François Ozon parle de son film :

L’idée de départ était de faire un film sur la fragilité masculine... Cette envie a alors croisé l’actualité de l’affaire Preynat. Sur le site de La Parole Libérée, j’ai lu des témoignages d’hommes abusés dans leur enfance au sein de l’Église, dont un qui m’a particulièrement touché : celui d’Alexandre, un fervent catholique qui racontait son cheminement jusqu’à ses quarante ans, âge où il a enfin pu parler… J’ai beaucoup vu Alexandre, mené une enquête journalistique en rencontrant d’autres victimes, dont François et Pierre-Emmanuel, ainsi que leur entourage… 

Je ne filmais pas mais j’écoutais, je prenais des notes.

Je n’ai rien inventé concernant les faits proprement dits. L’important pour moi était de raconter l’intimité d’hommes meurtris dans leur enfance et de raconter l’histoire de leur point de vue de victimes…

Le film commence par un combat individuel, Alexandre face à l’institution. Puis il passe le relais à François, qui crée un collectif. Et de ce collectif surgit une nouvelle victime, Emmanuel….

C’était très important pour moi d‘ancrer le film à Lyon, qui a été le premier lieu de la chrétienté en Gaulle et où règne aujourd’hui encore une tradition très conservatrice de l’Église.

Pour autant, l’idée n’était pas de faire un film à charge contre l’Église, mais de montrer ses contradictions et la complexité de cette affaire.

J’ai montré le film à un prêtre qui m’a dit : « ce film peut être une chance pour l’Église si elle s’en empare, pour assumer enfin la réalité de la pédophilie et l’affronter une fois pour toutes. » Espérons…

Grâce à Dieu un film de François Ozon
Grâce à Dieu un film de François Ozon / © Mars Films

Alexandre est issu d’un milieu conservateur, mais soutenu par sa femme et cette volonté de justice, il se révèle être très courageux. Il y a un côté héroïque chez lui, de même chez François et Emmanuel, d’oser braver le silence au sein de leur famille, de l’institution, de la société. Pour moi, c’est vraiment le sujet du film : trois chevaliers qui partent au combat.

Melvil Poupaud

Grâce à Dieu un film de François Ozon - Melvil Poupaud
Grâce à Dieu un film de François Ozon - Melvil Poupaud / © Mars Films

Emmanuel a subi un abus avant même que sa sexualité ne se développe, forcément c’est un homme blessé, mais je me suis dit qu’il vivait cette virilité meurtrie en affichant justement des signes forts de masculinité : une boucle d’oreille, la moustache, une moto, un cuir… Comme autant de couches derrière lesquelles se cacher. Construire sa silhouette m’a beaucoup aidé à appréhender le personnage et à prendre en charge sa blessure.

Swann Arlaud

Grâce à Dieu un film de François Ozon - Swann Arlaud
Grâce à Dieu un film de François Ozon - Swann Arlaud / © Mars Films

L’enjeu pour François n’est pas de se venger ou d’exterminer le mal, mais d’étaler au grand jour ces abus et les séquelles dramatiques qu’ils laissent dans la vie des victimes et dénoncer surtout le rôle silencieux et complice de l’Église et de ses autorités… Quand je l’ai (François Ozon) quitté à l’issue du déjeuner où il venait de me parler de son projet, je lui ai demandé comment s’appellerait le film. Grâce à Dieu est la dernière chose qu’il m’a dite et me retrouvant tout seul après dans les rues, j’étais bouleversé par ce titre tellement fort. À l’époque, je ne savais pas que c’était des mots réellement prononcés par le cardinal Barbarin.

Denis Ménochet

Grâce à Dieu un film de François Ozon - Denis Ménochet
Grâce à Dieu un film de François Ozon - Denis Ménochet / © Mars Films

► Distribution

  • Un film de François Ozon
  • Avec Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud, Eric Caravaca, François Marthouret, Bernard Verley, Martine Erhel, Josiane Balasko, Hélène Vincent…
  • Photographe de plateau : Jean-Claude Moireau
Grâce à Dieu un film de François Ozon
Grâce à Dieu un film de François Ozon / © Mars Films

► Actualité de l’affaire Preynat (lors de la finalisation du film, novembre 2018)

Le père Preynat a été mis en examen en janvier 2016 et placé sous contrôle judiciaire pour agressions sexuelles. Plus de 70 victimes présumées ont été recensées par La Parole Libérée, pour lesquelles les faits sont prescrits dans la majorité des cas. L’instruction judiciaire est toujours en cours dans ce dossier. Aucune date n’a encore été fixée pour son procès.

Le père Preynat est parallèlement l’objet d’un procès canonique, qui doit reprendre sous une forme « judiciaire », après un an de suspension par le cardinal Barbarin ( « pour ne pas gêner la procédure civile »…) afin d’ouvrir la voie à des « réparations ».

Le cardinal Barbarin, Régine Maire et cinq autres personnes de la hiérarchie catholique, comparaîtront devant la justice en janvier 2019 pour non dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs de moins de 15 ans et omission de porter secours.

Le 3 août 2018, la prescription est passée de 20 à 30 ans à partir de la majorité des victimes. Et la non dénonciation d’actes sexuels sur mineurs est dorénavant considérée comme un délit continu.

En novembre 2018, la mise en place d’une commission indépendante a été votée par 118 évêques à Lourdes pour faire la lumière et agir sur les faits de pédophilie dans l’Église depuis 1950.

Sources Mars Films / Presse André-Paul Ricci & Tony Arnoux

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