de Wong Kar-WaiAvec Tony Leung, Chiu Wai, Zhang Ziyi, Chang Chen Chine, 1936. Ip Man, maître légendaire de Wing Chun (un des divers styles de kung-fu) et futur mentor de Bruce Lee, mène une vie prospère à Foshan où il partage son temps entre sa famille et les arts-martiaux. C’est à ce moment que le Grand maître Baosen, à la tête de l’Ordre des Arts Martiaux Chinois, cherche son successeur.

La flèche ne revient jamais vers l’arc

Le nouveau film de Wong Kar Wai lui a demandé six ans de préparation et trois ans de tournage et de postproduction. Inspiré par la vie d’Ip Man, maître légendaire du kung-fu, le film se déroule pendant la période tumultueuse de la République qui a succédé à la chute de la dernière dynastie impériale : c’est une ère de chaos, de divisions et de guerre, mais aussi l’âge d’or des arts martiaux chinois. Tourné dans de spectaculaires décors naturels - des paysages enneigés du Nord-Est de la Chine à ceux du Sud au climat subtropical - The Grandmaster réunit 3 des plus grandes stars du cinéma chinois contemporain.Il a fallu à Wong Kar Wai des années de recherches et une armada d’experts en arts martiaux pour garantir au résultat final la plus grande authenticité. Sous la supervision du chorégraphe de combats Yuen Wo Ping (Matrix, Kill Bill, Tigre et Dragon), Tony Leung, Zhang Ziyi et Chang Chen ont suivi un entraînement rigoureux pendant plusieurs années.

L'avis d'Eva Bettan

"Certains cherchent à récupérer ce qui leur appartient légitimement. D’autres veulent percer à jour des événements mystérieux. D’autres encore allument des feux ou se servent de lampes pour éclairer le chemin à parcourir.Le kung-fu : entre l’horizontal et le vertical, le déshonneur et la gloire. Une époque : entre l’apogée et la chute, l’exil et les retrouvailles. Le chemin du Maitre : l’identité, la connaissance, l’action." Wong Kar Wai

La genèse

En Argentine, en 1996, alors qu’il tourne Happy Together, Wong Kar Wai franchit la première étape qui le conduira à réaliser The Grandmaster. En passant devant un kiosque, il remarque un magazine dont Bruce Lee fait la couverture. Le cinéaste est alors frappé de constater que, vingt ans après sa disparition, Bruce Lee est toujours une figure emblématique dans le monde."Quand j’étais petit, j’ai vu les films de Bruce Lee", raconte Wong. "Et je les ai adorés". Il a d’abord l’idée de consacrer un long métrage à Bruce Lee. Mais plus il apprend à connaître le professeur de la star, Ip Man, plus il est fasciné. Personnage cultivé issu d’une famille aisée de la ville de Foshan, située au sud du pays, Ip Man a fini par s’exiler à Hong Kong, où il est devenu le plus fervent défenseur du Wing Chun, déclinaison chinoise des arts martiaux.Comme l’a découvert Wong Kar Wai, Ip Man fait partie des nombreux maîtres du kung-fu, originaires de Chine continentale, qui, dans les années 50, ont fui à Hong Kong, où ils ont créé des écoles d’arts martiaux qui se livraient une concurrence acharnée. Certains quartiers regorgeaient d’écoles de ce genre. Au départ, le cinéaste souhaitait raconter l’histoire d’un maître et d’un quartier. Mais en se documentant sur le sujet, il s’est rendu compte qu’un quartier incarnait l’histoire de toute une époque. Il s’est alors aperçu que le monde qu’il souhaitait évoquer dans son film était celui des arts martiaux de la République (1911-1949) – l’âge d’or du kung-fu chinois – qui fourmille de rivalités, de tragédies et de mystères ésotériques.

Il s’est plongé dans les recherches, réunissant des photos d’archives, des ouvrages et des documents divers, découpant des articles de journaux et remplissant des carnets de notes. Il s’est engagé dans un périple de trois ans qui le conduira dans neuf villes de Chine et de Taïwan, accompagné par le maître du Wushu, Wu Bin. Ce dernier a notamment entraîné Jet Li, la plus grande star des arts martiaux depuis Bruce Lee. Pendant ses expéditions, le réalisateur s’est entretenu avec de nombreux grands maîtres des arts martiaux qui lui ont non seulement parlé de leur philosophie et de leur art, mais qui lui ont aussi raconté plusieurs secrets et anecdotes inédites propres à leur domaine. Wong Kar Wai a pris conscience qu’on lui confiait ainsi un patrimoine culturel des plus précieux, qui risquait de tomber dans l’oubli. Il a alors décidé de faire un film spectaculaire et profondément réaliste.

Le kung-fu : deux mots. Horizontal et vertical.Celui qui se tient encore debout à la fin du combat est le vainqueur

Les personnages

Ip ManTony Leung Chiu Wai

Tony Leung
Tony Leung © Radio France
Né à la fin de la dynastie Qing (1644-1911), Ip Man est issu d’une famille fortunée de Foshan, dans la province de Guangdong. Dès l’enfance, il se passionne pour le kung-fu et étudie le Wing Chun, art martial des plus prestigieux, auprès du maître Chan Wahshun. Sans avoir besoin de travailler ou de se préoccuper de soucis matériels avant l’âge de 40 ans, il se consacre exclusivement à l’étude du Wing Chun. Il faut dire que Foshan est un haut lieu des arts martiaux qui se pratiquent dans le sud du pays à l’époque de la République. Ip Man se mesurait souvent aux maîtres de Foshan pour démontrer ses nombreux talents, mais, contrairement à eux, il n’a pas ouvert d’école : le Wing Chun est sa passion, pas un moyen de gagner sa vie. Lorsque les Japonais envahissent Foshan, ils occupent la maison familiale d’Ip Man et réduisent ce dernier et ses proches à la misère. À la fin de la guerre civile, il est contraint de fuir à Hong Kong en raison de son appartenance au Guomindang, le Parti Nationaliste : il ne pourra jamais rentrer au pays.À Hong Kong, il se met à enseigner le Wing Chun pour gagner sa vie, et contribue à populariser cet art martial qui compte désormais des adeptes partout dans le monde. _Comédien fétiche de Wong Kar Wai, Tony Leung fait d’abord une brève apparition dans Nos Années sauvages (1990), avant d’enchaîner avec Les Cendres du temps (1994), Chungking Express (1994), Happy Together (1997), In the Mood for Love (2000) et 2046 (2004)._ **Gong Er** _Zhang Ziyi_
Zhang Ziyi
Zhang Ziyi © Radio France
Fille du Grand maître Gong Baosen, chef de la communauté des arts martiaux du Nord et ardent défenseur du Ba Gua, Gong Er est née dans une grande famille réputée pour sa connaissance du kung-fu. Elle côtoie ainsi des combattants et observe avec un véritable amour filial les figures qu’exécute son père. Peu à peu, elle devient elle-même une combattante talentueuse. D’ailleurs, étant donné qu’elle est l’unique descendante de Gong Baosen encore en vie, elle aurait pris sa succession si elle était née homme. Son père souhaite qu’elle abandonne les arts martiaux, qu’elle trouve un mari et qu’elle devienne médecin. Mais elle se consacre corps et âme à la tradition familiale des arts martiaux. Elle maîtrise désormais la figure complexe et mortelle des "64 mains", inspirée du Ba Gua. Sa fierté, sa force et son intégrité sont dignes d’un maître des arts martiaux._Zhang Ziyi a entamé sa collaboration avec Wong Kar Wai dans 2046, avec Tony Leung et Gong Li._ **La Lame** _Chang Chen_
Chang Chen
Chang Chen © Radio France
Il s’agit d’un maître du Ba Ji, déclinaison violente du kungfu, et d’un solitaire au tempérament fougueux et à l’allure mystérieuse. Patriote et idéaliste, il est membre de la police secrète du gouvernement nationaliste : sa mission consiste à traquer et à tuer les traîtres. Il est réputé pour être un homme redoutable et totalement intègre. Après la victoire des communistes en 1949, il fuit à Hong Kong, abandonnant le Parti Nationaliste. Il ouvre alors le salon de coiffure White Rose._Chang Chen a déjà joué trois fois sous la directions de Wong Kar Wai: dans Happy Together avec Leslie Cheung et Tony Leung en 1997. En 2004, dans 2046, puis dans Eros l’année suivante._ ### Le coin du cinéphile Le tournage de la scène d'ouverture du film (le combat sous la pluie) a duré un mois, sept jours sur sept à raison de 15 heures par jour. Les comédiens ont suivi un entrainement intensif, pendant de longs mois. A tel point que Chang Chen a concouru en 2012 au championnat national de Ba Ji, la technique de combat qu’il avait apprise pour les besoins du film ! Tony Leung s'est cassé deux fois le bras au cours de son entraînement au kung-fu. Wong Kar-Wai ne cache pas une de ses plus grandes inspirations, Sergio Leone. Comme une sorte d'hommage, le cinéaste utilise dans The Grandmaster le célèbre "thème de Deborah" composé par Ennio Morricone pour Il était une fois en Amérique.
Wong Kar Wai
Wong Kar Wai © Radio France
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