« Habemus Filmum » et pardon à Monsieur Bouju mon mémorable professeur de Latin de ce néologisme idiot auquel cependant je ne résiste pas.

Je le dédie en outre au "négatif" critique de cinéma aigri rencontré ce matin dans la salle dite des casiers de presse juste à la sortie du nouveau film de Nanni Moretti, « Habemus Papam » et qui allait de groupe en groupe vaticinant sur les piètres qualité du cinéaste Moretti. Qu’il aille donc au diable. Car ce que nous avons vu à 8h30 du matin, c’est tout simplement une œuvre toute pleine d’une grâce laïque et cinématographique avec un Piccoli en majesté pleine de doute et un Moretti dans la peau clairement déclarée du meilleur psychanalyste italien venu au Vatican pour tenter de redonner du tonus sacré au nouveau Pape… « Dubitandum est » ( « Il faut douter ») avait écrit Karl Marx au dessus de son bureau, le Cardinal Melville, choisi par ses pairs à leur propre surprise, est manifestement un Marxiste qui s’ignore quand il découvre que les habits du sacerdoce suprême sont bien trop grands pour sa pauvre petite tête d’humain faillible. Si Moretti parvient une nouvelle fois à nous toucher autant, c’est que son cinéma rejoint celui de Fellini dans cette observation ironique et tendre d’une comédie humaine qui n’en finit pas de se prendre les pieds dans le tapis de ses contradictions. Mais que faire en ce monde ? Mais quelle place occuper ? La première ? celle du Pape, du cinéaste, du premier sur scène, du meilleur analyste, du Président, du … ? Du premier au foot, en religion, en politique ? Mais premier de quoi, de qui et pour combien de temps ? Son Pape doute parce que c’est au fond la seule position raisonnable, il s’échappe de sa cage dorée pour trouver sur son chemin une troupe de théâtre lui qui a toujours rêvé d’en faire… On y joue « La Mouette », soit la parfaite antithèse de cette comédie des illusions et du pouvoir qui se joue un peu plus loin sur la Place Saint Pierre. Sur les planches et depuis plus d’un siècle, on sait déjà que tout est perdu, que le monde court à sa propre perte et qu’il vaudrait mieux en prendre son parti. Rendez-vous compte, dans cette troupe, on croise même un fou shakespearien qui se prend pour Hamlet s’égayant dans une Cerisaie… La force de Moretti est toute entière dans ce concentré d’absurdité et d’humanité. Berlusconi n’est même plus présent, tant il serait ici dérisoire. Ce conte-là se joue loin de la scène politique du Caïman d’hier. Seule une petite allusion au Sarkozy fils aimant et inquiet de la l’Eglise de Rome jette un rapide clin d’œil à ces autres vaniteux qui veulent occuper la première place. Comme d’habitude, Moretti ne s’épargne guère : il est l’incapacité personnifiée et finit tout seul ou presque avec son petit ballon, en une synthèse élégante de « La Messe est finie » et de « Palombela Rossa ». C’est à ces films-là, parmi les meilleurs du cinéaste, que l’on pense devant cet « Habemus Papam » qui ne saurait laisser indifférent. Déjà dans « Themroc » de Claude Faraldo, Piccoli ne poussait qu’on long cri de rage. Ici, son Melville qui vient d’être élu Pape en lance un autre. Nous sommes tous des Papes en souffrance…

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