Un film de Nanni Moretti avec Michel Piccoli et Nanni Moretti.

Après la mort du Pape, le Conclave se réunit afin d’élire son successeur.Plusieurs votes sont nécessaires avant que ne s’élève la fumée blanche.Enfin, un cardinal est élu !Mais les fidèles massés sur la place Saint-Pierre attendent en vain l’apparition au balcon du nouveau souverain pontife. Ce dernier ne semble pas prêt à supporter le poids d’une telle responsabilité.Angoisse ? Dépression ? Peur de ne pas se sentir à la hauteur ?Le monde entier est bientôt en proie à l’inquiétude tandis qu’au Vatican, on cherche des solutions pour surmonter la crise…

Entretien Nanni Moretti

Quel a été le point de départ du film ? Avec Federica Pontremoli et Francesco Piccolo, nous avons commencé à travailler simultanément sur différentes idées. Puis, dans un deuxième temps, nous avons choisi de développer le sujet de Habemus Papam. Il y a une scène qui a été pour nous le point de départ de toute l’histoire : un Pape venant d’être élu qui ne parvient pas à se présenter au balcon pour saluer les fidèles.

Avez-vous reçu une éducation religieuse ? Êtes-vous croyant ?

Mes parents étaient croyants et j’ai reçu une éducation catholique (sans exagération…). Moi, non, je ne suis pas croyant.

Le film est construit clairement entre deux parties : des séquences d’enfermement et d’autres de liberté. Comment sont nés cet équilibre et cette symétrie à l’écriture ? Cela m’intéressait de faire coexister dans un même film la comédie et le drame, le registre grotesque et le registre réaliste. Fuyant le conclave de cardinaux qui est le fruit de notre imagination, mais dont nous avons respecté les vrais rituels et les liturgies, le Pape s’enfuit du Vatican. Il se promène dans la ville, où il entre en contact avec des réalités auxquelles il ne se confrontait pas depuis longtemps. Son errance dans Rome les portera, lui et le public à se poser des questions. Le psychanalyste reste en revanche prisonnier dans le Vatican où, après une première phase d’égarement, il semblera même se trouver à son aise.

Nanni Moretti dans On aura tout vu du 3 septembre

Que pensez-vous des attaques dont vous faites l’objet aujourd’hui ?

Il n’y a pas eu d’attaques contre mon film, juste des réactions isolées qui ne sont pas représentatives du monde catholique.

L’Église catholique a traversé récemment un certain nombre de scandales, l’attitude de ses dignitaires a été souvent critiquée,pourquoi ces débats sont-ils absents du film ?

J’essaie d’éviter de raconter au public ce à quoi il s’attend. Cela ne m’a jamais intéressé, à travers mes films, de réitérer ce que le public connaît déjà, je n’aime pas faire de clins d’oeil au spectateur en le renvoyant à l’actualité. Sur les scandales qui concernent l’église catholique (par exemple la pédophilie ou la finance) il existe des livres, des documentaires, des articles de journaux. J’ai préféré ne pas me faire conditionner par l’actualité. C’est une histoire inventée : mon film raconte mon Vatican, mon conclave, mes cardinaux.

Peut-on élargir le film au pouvoir politique en général ?

J’ai raconté à ma manière un monde bien précis, qui est celui du Vatican. Mais je pense que les thèmes du film et l’angoisse du personnage principal peuvent concerner également d’autres réalités, d’autres mondes, et toucher des spectateurs très éloignés des personnages que je mets en scène.

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papam01 © Radio France © le Pacte

Quel est le rapport entre la confession dans le rituel catholique et la confession dans le processus de l’analyse ?

Il me semble que ces deux choses n’ont rien en commun.

Peut-on dire que vous êtes plus critique vis-à-vis de la psychanalyse que de l’Église ? Dans mes films, je me suis moqué de la gauche, de ma génération (lorsque j’avais vingt ans, puis trente, puis quarante …) je me suis moqué du rapport entre parents et enfants, de mon milieu social, de l’école, du monde du cinéma, dans JOURNAL INTIME, je me suis même moqué d’un cancer que j’

ai eu il y a vingt ans. Je pense qu’il est permis de se moquer également de la psychanalyse.

Quel est le rapport entre Melville (Michel Picolli) qui refuse le rôle qu’on veut lui faire jouer et l’acteur qui veut jouer tous les rôles, y compris les didascalies de La Mouette ?

Faut-il vraiment à tout prix devenir l’exégète de soi-même, de ses propres choix, de ses propres films ? Parfois, il m’est très difficile de théoriser sur mon travail.

Pourquoi Tchekhov ?

En écrivant le scénario, nous voulions que le texte théâtral soit d’un auteur reconnaissable. Tchekhov était le plus approprié par rapport au sentiment du film et de ses personnages.

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papam_03 © le Pacte

Le refus de vous engager plus avant en politique, après votre action citoyenne, correspond-il au refus de votre personnage à devenir pape ?

Cette comparaison me paraît très forcée. Dès le début de mon expérience « politique », j’avais dit que je serais bientôt revenu à mon travail de réalisateur. Je n’ai jamais songé à faire de la politique mon métier.

Quelle est la part autobiographique du film ? En avez-vous parfois assez de jouer le «rôle» de Nanni Moretti ?

Comme toujours, le sentiment qui habite le film est autobiographique. Et, si nous voulons entrer dans les détails, il y a quelque chose de moi aussi bien dans le personnage du psychanalyste que dans le malaise et le sentiment d’inadéquation de Melville.

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