Le film d'Haneke avec Huppert et Trintignant avait été très mal reçu lors du festival de Cannes. Aujourd'hui il sort en salles : qu'en pensent les critiques du Masque & la Plume ?

Jean-Louis Trintignant dans "Happy End"
Jean-Louis Trintignant dans "Happy End" © Les Films du Losange

Happy End nous plonge dans une famille de la grande bourgeoisie, du nord de la France, dont Jean-Louis Trintignant est le patriarche en fauteuil roulant. Les Laurent doivent leur fortune au BTP, et dans lesquels on compte une fillette qui a empoisonné son hamster (et peut-être sa mère), une super woman (Isabelle Hupert) qui essaie non sans mal de sauver l'entreprise familiale, le père (Matthieu Kassovitz) de la petite empoisonneuse qui préfère sa maîtresse à sa femme, un petit-fils alcoolique... avec en sourdine un terrible accident de chantier et en point d'orgue un déjeuner de mariage au bord de la mer : Huppert va épouser un avocat d'affaires anglais, avec l'arrivée des migrants de Calais qui mettent sans dessus-dessous la dynastie des Laurent.

Xavier Leherpeur : "vraiment pas fin"

En salle à Paris, je me suis un peu amusé : comme il y a une grande partie du film qui est soit par texto, soit par messages internet, la population un peu âgée du film qui était au dernier rang a commencé à migrer vers les premiers rangs pour pouvoir voir ce qui se passait à l'écran parce qu'ils ne voyaient rien du tout !

En même temps, j'ai bien lu et c'est tellement consternant de bêtise que j'aurais préféré ne pas avoir très bien lu ce qu'il y avait à l'écran.

Ce concentré de perversion dans une famille de grande bourgeois de l'industrie qui n'existe plus en plus - j'ai l'impression que le film n'est pas à la bonne époque ni dans le bon curseur social et que si le racisme et l'indifférence existent encore, il faudrait peut être descendre un peu dans d'autres couches sociales pour aller s'intéresser à cela... parce que là c'est un peu compris dans le packaging si j'ose dire : oui, ils sont bourgeois, ils sont blancs, ils sont décadents...

Isabelle Huppert dans "Happy End" d'Haneke
Isabelle Huppert dans "Happy End" d'Haneke / Les Films du Losange

Nicolas Schaller : "un film bis"

Il y a quand même la relation entre Eve (Fantine Harduin) et le patriarche (Trintignant) qui sont quand même, d'une perversité, d'une cruauté et d'une finesse assez dingue. On comprend que le personnage de Trintignant est une forme de prolongement de celui d'Amour Et puis c'est Trintignant qui l'incarne, il a une manière de dire les phrases : à un moment il raconte une histoire terriblement sordide à la petite avec une manière déchiquetée assez incroyable - et là il y a vraiment quelque chose de l'intelligence d'Haneke qui se joue.

Il y a vraiment le sentiment d'un film bis qu'il a fait parce qu'il pouvait pas faire un autre projet...

Sur le tournage de "Happy End" avec Fantine Harduin, Michael Haneke et Jean-Louis Trintignant
Sur le tournage de "Happy End" avec Fantine Harduin, Michael Haneke et Jean-Louis Trintignant / Les Films du Losange

Pierre Murat : "deux scènes très réussies"

Il y a deux scènes très réussies, c'est en effet celles que jouent Trintignant et la petite Harduin parce que c'est vraiment très pervers : c'est du grand Haneke.

La scène la plus désolante c'est évidemment les migrants qui arrivent à la fin. Ça voudrait être "bunuelien", et ça ne l'est pas du tout.

Sophie Avon : "une terrible humanité"

On commence à bien comprendre le système de Haneke et l'habileté de ses dispositifs, alors on en attends toujours beaucoup et c'est vrai que la première fois que j'ai vu le film, je me suis dit "C'est quand même hyper théorique" - mais quand même à la fin, sa galerie de portraits - et dieu sait qu'ils sont brossés à la va-vite parce qu'en même temps ils sont nombreux et ils s'éclairent les uns les autres - mais à la fin malgré tout, j'ai été frappée par une terrible humanité qui se dégageait.

Oui ils sont dégueulasses, monstrueux, mais c'est nous : ils sont faits à notre image.

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"Happy End" de Michael Haneke : les critiques du Masque & la Plume

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