Insolente et sublime ode à la liberté, ce film américain, issu de la contre-culture des années 1970, a marqué les artistes invités par Laurent Delmas dans l’émission « Ciné qui chante ». Focus sur le phénomène « Harold et Maude » dont l’onde de choc, semble se propager de génération en génération.

Harold et Maude, photo de l'affiche du film de Hal Ashby sorti en 1972 en France
Harold et Maude, photo de l'affiche du film de Hal Ashby sorti en 1972 en France © AFP / Mildred Lewis et Colin Higgins / Collection Christophel

"Harold et Maude", quelle histoire !

Harold est un jeune homme riche, doté d'une imagination débordante mais plutôt morbide. De soixante ans son aînée, Maude,  anticonformiste, adore la vie et la liberté. Tous deux fascinés par les cimetières, ils s'y rencontrent un jour. Devenus inséparables, ils vont vivre en quelques jours, une étrange et bouleversante initiation à l'amour.

Sur le scénario de Colin Higgins, Hal Ashby signe un petit bijou d'humour noir et de poésie mêlées.

Harold et Maude est un film devenu roman puis pièce de théâtre. En effet, Colin Higgins avait écrit le scénario du film réalisé par Hal Ashby en 1971, et le succès jamais démenti du long-métrage donna l'idée au scénariste d'adapter l'histoire en roman puis en pièce de théâtre.

En 1973, l'adaptation de Jean-Claude Carrière pour le théâtre, et le succès rencontré par la pièce, la même année, fait que certains connaissent la pièce mais pas le film ! 

Le rôle de Maude fut interprété, entre autres, par Madeleine Renaud, dans une mise en scène de Jean-Louis Barrault, mais aussi par Denise Grey, Danielle Darrieux et Line Renaud.

Une B.O. exceptionnelle

La bande-originale de Cat Stevens, compositeur et chanteur, distille toute la mélancolie que les images suggèrent, ou bien est-ce le contraire, on ne sait jamais très bien avec les musiques de films !

En tous cas, Cat Stevens, à l'époque sortait d'une longue convalescence de tuberculose, et nous ayant déjà largement troublé avec sa Lady d'Arbanville, il compose dans la même veine, la dizaine de titres du film.

Cette bande originale officielle contient les chansons suivantes :

  • Don't Be Shy
  • On The Road To Find Out]
  • I Wish, I Wish
  • Miles from Nowhere
  • Tea for the Tillerman
  • I Think I See the Light
  • Where Do the Children Play ?
  • If You Want to Sing Out, Sing Out
  • Trouble

Notez que les titres Where Do the Children Play ?, Miles from Nowhere, On the Road to Find Out et Tea for the Tillerman viennent de l'album Tea for the Tillerman, sorti en 1970 et classé parmi les meilleurs albums de tous les temps.

Spécialement composées pour le film, deux chansons de la bande originale, Don't Be Shy et If You Want to Sing Out, Sing Out, restent introuvables sur vinyle pendant près de dix ans, puis sont rééditées en 1984 dans une compilation : Footsteps in the Dark.  

Chose étrange, en 2007, la première bande originale officielle du film surgit chez Vinyl Films Records, mais elle n'existe qu'en vinyle et le nombre d'exemplaires est limité à 2 500 copies. Collector !

Les artistes de "Ciné qui chante"

  • Clotilde Hesme

Pétillante comédienne jonglant entre cinéma et théâtre depuis vingt ans, Clotilde Hesme a choisi la chanson, If you want to sing out. Elle nous explique pourquoi ce titre et surtout, pourquoi ce film !

Clotilde Hesme

Ce film est une leçon de vie et d’amour, il faudrait le montrer à toutes les générations

  • Sandra Nkaké et Valli

La chanteuse et actrice Sandra Nkaké, ainsi que l'ex- chanteuse, Valli, avaient choisi la très belle chanson Where do the children play.  

Sandra Nkaké nous fait part de son exaltation en sortant de la projection du film, que sa mère lui conseilla fortement de voir alors qu'il ressortait sur les grands écrans en 2009 :

Je suis ressortie de là avec beaucoup d’énergie et beaucoup de joie, et cette conviction qu’en fait, en ayant des pensées positives, on peut générer, non pas du bonheur, mais en tous cas, de la joie.

Extrait du film avec la chanson Where do the children play :

  • Estéban

Dans la bande originale, Estéban, alias David Boring, l’acteur et chanteur, a fait son choix :Troubles, parce que cette chanson vient à la fin du film qui, pour l'acteur et chanteur, correspond au moment le plus précieux dans son souvenir.

Sur le conseil de son père, l’acteur et cinéaste Philippe Clair, auquel il demandait de lui conseiller un « bon film bien drôle », Estéban a visionné Harold et Maude, et son avis, scandé avec son petit accent délicieux, est définitif :

C’est la première fois où, dans un film, je riais et pleurais à la fois.

Impact sociologique des années 1980

Le personnage de Harold Chasen, dans le film, parle de lui :

Je n’ai pas vécu. Je suis mort quelques fois.

Dans les années 1980, une antonomase fait son apparition, inspirée par ce personnage oisif et dépressif, fasciné par la finitude et les Harolds désignent alors des adolescents qui, comme le personnage incarné par Bud Cort, sont attirés par les cimetières. 

Auteur du célèbre Generation X, le canadien Douglas Coupland invente les néologismes to harold et harolding, dans son album de nouvelles Polaroids from the Dead, pour nommer le fait de déambuler dans les cimetières et d'assister aux enterrements. 

Par extension, les termes de maudisme ou maudianisme désignent une façon de vivre dans l'innocence et la joie, prônée par l'autre personnage principal, Maude, incarnée par Ruth Gordon. 

Hal Ashby, le réalisateur

Satire, désenchantement, insolence, les films d'Hal Ashby trouvent leur veine dans le mouvement du Nouvel Hollywood, à l'instar d'un Altman ou d'un Coppola.

Peter Biskind, journaliste et essayiste, dans la publication, Le Nouvel Hollywood :

Hal Ashby est aujourd'hui largement oublié car il eut la malchance de mourir à la fin des années 1980. Mais il avait le palmarès le plus remarquable de tous les réalisateurs des années 1970. Après "Le Propriétaire", en 1970, il fit "Harold et Maude", "La Dernière Corvée", "Shampoo", "Retour", et "Bienvenue Mister Chance" en 1979, avant de sombrer dans la drogue et la paranoïa dans les années 1980. 

Si Hal Ashby est mort avant ses 60 ans, il a largement influencé les cinéastes américains contemporains. 

Pour exemple, Wes Anderson, le réalisateur de Grand Budapest Hotel ou L'Île aux Chiens, développe un style, un ton et même tout un univers qui emprunte beaucoup au réalisateur.

"Ciné qui chante", l'émission de Laurent Delmas

Tout cet été 2019, du lundi au vendredi de 10 à 11h, et pour votre plus grand bonheur, offrez-vous une balade enchantée au pays du cinéma : extraits de film, chansons et archives sont au rendez-vous, présentés et racontés par Laurent Delmas avec, chaque jour, un invité (actrice, acteur, cinéaste, chanteuse ou chanteur) qui vous propose sa programmation de chansons sur grand écran.

Pour retrouver l'émission, Ciné qui chante, abonnez-vous au podcast !

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.