Un confrère, bon camarade et excellent alerteur médiatique, me communique la copie d’un courrier qui donne à mon blog d’hier un prolongement des plus « amusants ». Souvenez-vous, des experts veulent transformer les films de cinéma à petit budget en téléfilms. Or, Monsieur François Ede, réalisateur et chef opérateur, attire dans ledit courrier l’attention des cinéphiles que nous sommes sur les pratiques télévisuelles en matière de diffusion des films de cinéma précisément. Voici donc ce qu’il écrit : « Jusqu’à présent, les chaînes publiques diffusaient les films au format Scope avec des caches noirs en bas et en haut de l’image pour conserver la largeur du cadre, ce n’était évidemment pas la panacée, mais au moins le format d’origine des films était respecté. Le 21 août dernier, France 3 diffusait « Paris brûle-t-il ? » de René Clément. Ce film tourné en Cinémascope a été mutilé par recadrage dans un format qui n’a jamais existé au cinéma : le 14/9 ! Le titre du générique de début était donc devenu incomplet : on lisait en forme de rébus « …ARIS BRULE-T… »Dans certains plans, les acteurs situés sur les bords du cadre étaient hors champ et en voix off. »François Ede a donc écrit à France 3 qui lui a fait la réponse suivante : « Le format de diffusion de ce film est un compromis entre le format des écrans TV actuels et le format d’origine du film. En effet, France 3, chaîne généraliste et de service public, peut être amenée à modifier le format de diffusion de certains films afin que l’ensemble des téléspectateurs puisse bénéficier d’une meilleure vision. »On reste confondu devant une telle désinvolture à l’égard des œuvres cinématographiques. Quant au critère de »meilleure vision », il est ici l’équivalent d’une vision tronquée, déformée, amputée. C’est la raison pour laquelle, nous dédions aux valeureux experts géomètres de l’Ecole des Mines cette courageuse missive. Elle leur fournit en effet la preuve que cinéma et télévision ne sont pas interchangeables. Avec eux, c’est certain, un jour nous verrions un film réintitulé « Harry brûle T. » Décidément, Harry ne nous veut pas du bien. Au fond, les experts-comptables ont un outil en commun avec les censeurs : la paire de ciseaux !La phrase du jour ? « Il n’y a rien de chaleureux à aller prendre un DVD dans sa bibliothèque et se mettre à voir un beau film. Ce qui est moche, c’est qu’au lieu de ce très beau film je me vois deux heures de télé. »Nanni MorettiC'est l' ultime phrase du passionnant recueil d’entretiens avec le cinéaste italien, par Carlo Chatrian et Eugenio Renzi, que les éditions des « Cahiers du Cinéma » viennent de publier.

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