On peut d’ores et déjà voir sur Internet la bande-annonce du nouvel épisode des aventures du binoclard Harry Potter qui sera sur les écrans le 15 juillet prochain, soit « Harry Potter et le Prince de sang-mêlé ». Encore de longues semaines à attendre donc pour les très nombreux amateurs de cette superproduction-reflet d’un phénomène éditorial. J’avoue : je n’ai pas lu les livres et je ne suis pas certain d’avoir vu tous les films. Mon héros d’enfance à moi s’appelait Arsène Lupin, ce n’était pas un apprenti sorcier mais un gentleman cambrioleur. Il vivait en partie dans une aiguille creuse à Etretat et non dans une école à Poudlard. Ses clones cinématographiques et télévisuels n’ont jamais été très convaincants. Mais, que voulez-vous, à la seule évocation du nom d’Arsène , il me vient comme une moiteur dans les mains, signe d’une émotion évidente et non dissimulable et je revois les couvertures du Livre de Poche avec la silhouette en noir et blanc de Lupin. Nostalgie ? J’assume ! Mais je vous accorde que « mon « Arsène n’a pas grand-chose à voir avec « leur » Harry.Revenons plutôt à cette bande-annonce à l’origine de ce post. Elle n’a rien d’exceptionnel ni de très original. On y voit quelques images choc du film à venir. On y entend quelques dialogues. On est submergé d’office par une avalanche d’effets spéciaux (ou spécieux, à vous de voir…). Une voix-off enfin nous assène quelques phrases d’une puissance abyssale comme celle qui suit et que je vous livre in extenso : « Des périodes noires comme celles-ci peuvent rapprocher les gens. Elles peuvent aussi les séparer. » Et inversement serait-on tenté d’ajouter si on ne craignait de surenchérir à l’insondable banalité d’un truisme placé certainement là pour nous indiquer que ce nouvel épisode pourrait bien avoir quelques résonances actuelles et terrifiantes.Mais, l’essentiel à mon sens est ailleurs. Hormis les extraits du film, cette bande-annonce contient en tout et pour tout deux informations : la date de sortie et le nom de la société de production que l’on peut voir et entendre à deux reprises au moins. Le nom du réalisateur ? On s’en fiche ! Celui du scénariste ? peu importe ! Des acteurs principaux ? Du vent ! De l’auteur adapté ? et puis quoi encore ? Il s’agit donc d’une œuvre anonyme. Pas d’auteurs, pas d’acteurs. Personne. Inconsciente ou non, c’est la tentation du virtuel à l’état pur comme le suggèrent d’ailleurs les images hautement fabriquées que l’on nous montre durant cette bande-annonce. Si derrière le film, il n’y a véritablement personne comme on semble nous le suggérer, pourquoi voudrait-on par exemple qu’il y ait reconnaissance artistique et rémunération ? En ce sens Harry Potter est de son temps et peut-être même en avance. Cette bande-là nous annonce, comme d’autres avant et après elle, que l’émergence d’une création présentée faussement comme dépourvue de créateur est en route sur Internet et sur tous les écrans. La phrase du jour ?« On peut se gourer sur la peinture, sur la musique, mais pas sur la bouffe. C’est le seul art qui ne ment pas. »Paul Decourt, alias Jean Yanne, dans « Que la bête meure » de Claude Chabrol

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