Un film d'Edgar ReitzAvec Jan Dieter Schneider, Antonia Bill, Maximilian Scheidt, Marita Breuer, Rüdiger Kriese, Philine Lembeck, Mélanie Fouché, Eva Zeidler, Reinhard Paulus

1842–1844, L’histoire de la famille Simon. Johann le père forgeron, Margret la mère, Lena la fille ainée, Gustav et Jakob les fils, Jettchen et Florinchen leurs futures épouses. Les coups du destin risquent de détruire cette famille mais c’est une histoire de courage et de foi en l’avenir.Des dizaines de milliers d’Allemands, accablés par les famines, la pauvreté et l’arbitraire des gouvernants, émigrent en Amérique du Sud. "Un sort meilleur que la mort, ça peut se trouver partout".Jakob Simon le cadet, lit tous les livres qu’il peut se procurer, il étudie les langues des Indiens d’Amazonie. Il rêve d’un monde meilleur, d’aventure, de dépaysement et de liberté. Il décide d’émigrer.Le retour de son frère Gustav du service militaire dans l’armée prussienne déclenche une série d’évènements qui met à rude épreuve l’amour de Jakob et bouleverse son existence.

Quelques remarques sur le contexte historique par Edgar Reiz

"On a souvent répété que les causes de l’émigration étaient la faim et la misère sociale. Mais nous savons aujourd’hui que c’est seulement une partie de la vérité. Il est exact qu’autour de 1840, il y a eu des récoltes catastrophiques, que la faim, l’absence de liberté, les impôts insupportables et les privilèges exorbitants des seigneurs locaux torturaient les gens – mais dans ces années-là on vit aussi apparaître une idée totalement nouvelle qui s’empara des esprits et les incita à l’action : l’idée que chacun a droit à son propre bonheur. Pendant dessiècles, il avait fallu s’accommoder du sort que le destin avait réservé à chacun. On ne connaissait pas autre chose. L’Église et les autorités avaient constamment inculqué l’humilité et la soumission, jusqu’à ce que l’annonce de la Révolution des Français atteigne le pays, bientôt suivie des troupes de Napoléon qui mirent à bas les vieilles structures de pouvoir et gouvernèrent pendant des années le Hunsrück, le Palatinat et la Rhénanie selon les règles rationnelles de l’état français.Notre film parle de sentiments et de faits. De la capacité de l’homme, à diriger sa vie en fonction de ses utopies, de l’image intérieure d’un paradis, à se libérer du cadre prédéterminé de son existence et des contraintes sociales apparemment imposées par le destin, voilà qui est à nos yeux un de ses élans les plus productifs."

Le travail avec les acteurs

"Après plusieurs lectures de scénario, j’ai discuté en détail avec les comédiens au sujet des circonstances concrètes de la vie des personnages et de ce qui peut leur arriver en dehors des scènes montrées dans le film. C’est le propre des récits épiques de suivre la vie tout entière des personnages. Nous avons donc essayé d’entrer le plus profondément possible dans ces biographies fictives, au point qu’à la fin nous avions l’impression de mieux les connaître que certains de nos proches ou de nos parents dans la vie réelle.

Jan Dieter Schneider (Jakob) et Edgar Reiz
Jan Dieter Schneider (Jakob) et Edgar Reiz © Edgar Reiz

Cela concerne aussi les objets avec lesquels les personnages doivent travailler ou qu’ils doivent utiliser. Nous avons donc étudié l’histoire de ces objets : quel passé pourrait bien avoir, par exemple, le vêtement que porte un personnage ? Comment est-il entré en possession de ce vêtement, de cet outil, de ce meuble, de ces chaussures ? A partir de ces questions, nous avons développé ensemble de nombreuses petites sous-histoires.J’ai pu aussi donner aux acteurs une autre voie d’accès à la justesse de leur jeu. Ils vivaient sur les lieux même du tournage. Je n’ai pas autorisé les acteurs des rôles principaux à prendre d’autres engagements pendant notre tournage. Coupés de leur vie privée, ils habitaient dans des appartements dans le village, étaient en contact quotidien avec leshabitants et avaient pour obligation d’apprendre le dialecte du Hunsrück. Nous avions engagé deux femmes qui avaient une certaine expérience de la scène par les groupes de théâtre locaux. Elles servaient de coaches pour le dialecte et aidaient nos acteurs à apprendre leurs dialogues.Le village, lieu principal de l’action, a été construit au cours de ces semaines où les acteurs séjournaient déjà dans le Hunsrück. Ils voyaient l’avancement des travaux au jour le jour. Je pouvais aller avec eux sur le chantier et leur dire : « Regarde, c’est la maison où tu vas vivre. C’est la pièce où tu es né. C’est la chambre où meurt ton enfant. C’est la chambre où l’on soigne ta mère malade. C’est le chemin que tu prends quand tu veux échapper à ton père. Ou bien : c’est ton endroit préféré pour lire ». Voilà comment les acteurs s’installent dans la dimension intérieure de leur rôle. Le travail sur les scènes elles-mêmes se fait sur le plateau. Je commence par familiariser les acteurs avec les lieux. Ils finissent vite par être aussi familiers de ces intérieurs que de leur propre maison. Les mères, les filles et les fils prennent les objets tout naturellement, en passant. Ils peuvent les trouver les yeux fermés. Lorsque l’orientation dans les lieux et les gestes de travail sont bien appris et intégrés, la scène réussit presque d’elle-même."

Heimat
Heimat © Edgar Reiz
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