La nuit dernière, l’Oscar du Meilleur scénario original est allé au film de Gus van Sant, « Harvey Milk », pour lequel Sean Penn, son acteur principal, fut également et très légitimement récompensé. Il sort en France le 4 mars prochain. Pour avoir vu ce film en projection de presse, j’avoue que la nature de la récompense scénaristique qui l’honore me laisse perplexe. Est-il bien « raisonnable » d’attribuer au récit d’une histoire vraie l’Oscar du meilleur scénario original ? Si les mots ont un sens, la reprise par le cinéma de la vie tumultueuse et talentueuse d’un leader gay américain qui a bel et bien existé, Harvey Milk donc, n’a rien d’original au sens strict du terme. Pourquoi ne pas parler ici d’adaptation ? En l’occurrence, celle d’une tranche de vie ô combien digne d’intérêt. On flaire ici le politiquement correct d’un Hollywood désireux de manifester à tout prix (c’est le cas de le dire) son adhésion au discours du film et sa solidarité avec la figure militante d’Harvey Milk, mort en martyr pour la cause homosexuelle. Il est dommage de sacrifier ainsi sur l’autel des bonnes intentions une récompense qui vise à magnifier la création scénaristique et l’inventivité des écrivains de cinéma. L’ironie de cette anecdote serait que certains spectateurs puissent croire qu’il s’agit d’une histoire inventée. Fort heureusement de saisissantes photos d’archive défilent avec le générique de fin prouvant l’originalité de la véritable histoire d’Harvey Milk, le cinéma faisant ici œuvre de salutaire recréation.Coq à l’âne, mais pas vraiment : juste avant le générique de fin du film « L.O.L. » apparaît cette précision : « D’après une histoire vraie ». On hésite : la réalisatrice Lisa Azuelos fait-elle ici preuve d’un solide sens de l’autodérision ou bien se prend-elle vraiment au sérieux ? Pour ceux qui ont la chance de ne pas avoir vu ce film (prenez cette phrase comme vous le voulez,…), le scénario tient en une phrase : « Sophie Marceau, maman-bobo en instance de divorce, a bien du mal dans son hôtel particulier a élever sa fille adolescente, la turbulente Lola. » Autrement dit, la synthèse cinématographique d’un dossier récurrent dans la presse féminine depuis vingt ans : « Chère Biba, ma fille fait sa crise et me rend la vie impossible, comment dois-je m’y prendre ? », « Cher Cosmo, mère quadragénaire, je fume des pétards, mais souhaite les interdire à ma fille, en ai-je le droit ? ». Au mieux une chronique familiale niaisaude, au pire un remake de « La Boum ». De là à revendiquer « une histoire vraie »… On espère que le mot « histoire » puisse renfermer autre chose que cette succession de saynètes-clichés en forme de jeu-test : le lycée, la drogue, l’alcool, le sexe,… Après tout, les occasions de rire au cinéma ne sont pas légion et cette mention parfaitement incongrue aura eu au moins ce mérite-là !La phrase du jour ? "Je me définis comme un auteur de films et accessoirement comme un fabricant de navets." Claude Chabrol, "Studio Ciné Live", mars 2009

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