John Cassavetes, réalisateur américain, ou l’art de l’improvisation poussée à l’extrême. En 1956, il fonde à New York un atelier un atelier de théatre, le Variety Art Studio. Il fait travailler ses élèves sur la libre interprétation. Technique qui sert de base à son premier film en tant que réalisateur, « Shadows », qu’il tourne caméra à l'épaule et en 16 millimètres en 1959. Du film se dégage une liberté et une intensité qui valent à Cassavetes le prix de la critique au Festival de Venise.

Pionnier du cinéma indépendant américain, il aime filmer des individus en marge d'une société américaine conformiste et aliénante. Les virées dans des bars enfumés ou des boîtes de nuit, et les scènes de ménages sont récurrentes dans ses films. La ressortie de cinq de ses longs métrages est l'occasion de redécouvrir ce cinéaste emblématique, qui fascine la cinéphilie française et européenne.

Gena Rowlands au micro de Laurence Peuron parle de John Cassavetes

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E Ciné Cassavetes / Gena Rowlands ok

Shadows (1959)

Avec Ben Carruthers, Lelia Goldoni, Hugh Hurd…

Aux Etats-Unis dans les années 60, Benny, Hugh et Lélia sont frères et sœur. Ils partagent à New York le même appartement. Benny passe ses journées dans les rues et les bars. Hugh tente de faire carrière comme chanteur de jazz. Leila veut être écrivain. Tous les trois veulent aussi aimer et être aimés…

En tournant « Shadows », nous ne comptions pas le proposer à la distribution commerciale. Nous tentions une expérience, notre seul but était d’apprendre » disait John Cassavetes à propos de son film. D’où la grande liberté qui en émane. Impression renforcée par la grande part laissée à l’improvisation. Il existe deux versions du film : après avoir terminé la première, John Cassavetes et son équipe tournèrent dix jours de plus.

Faces
Faces © Orly Films

Faces (1968)

Avec john Marley, Gena Rowlands, Lynn Carlin, Seymour Cassel

Après une nuit un peu folle, Richard rentre chez lui et se dispute avec son épouse Maria. Il lui annonce son intention de divorcer, claque la porte et part retrouver une autre femme. Maria retrouve ses amies en boîte. Là, elle rencontre Chet avec qui elle termine la nuit. Au moment de partir, ce dernier croise Richard de retour…

Seymour Cassel raconte que sur « Faces » le tournage se déroulait la nuit de 19h à 3 ou 4h du matin. Ils étaient chez la belle-mère de John Cassavetes. Dans un état de fatigue de plus en plus prononcé, ils tournaient dans l’ordre du script. Ça a duré six mois pleins. Faces est alors devenu pour l’équipe une manière de vivre à part entière.

Une femme sous influence (1975)

Avec Gena Rowlands, Peter Falk, Matthew cassel…

Contremaître, Nick ne rentre pas chez lui la nuit. Sa femme, Mabel, déprime. Elle se soûle et ramène un homme à la maison. Le lendemain matin, Nick débarque. Bientôt Mabel craque et est internée en hôpital psychiatrique. Six mois plus tard, de retour chez elle, elle tente de se suicider. Après le retour au calme, le couple couche les enfants et se retrouve.

Par « influence », John Cassavetes entendait l’entourage, la société, la famille, le mari de Mabel. Le réalisateur a écrit ce rôle pour sa femme Gena Rowlands, « actrice magnifique ». Mais le film n'est pas autobiographique. A son propos, il disait : « ce travail est né d’un désespoir, de l’interrogation sur le sens de notre vie. J’en ai exclu la gaieté, la drôlerie, le ridicule et je me suis plongé dans le sérieux. [...] Les hommes ne sont pas assez sensibles, ils reconnaissent les difficultés des femmes, ils ne les connaissent pas. Enfin, quand j’ai vu le film achevé, j’ai été choqué par la réalité. L’homme doit d’abord exclure sa famille pour commencer à briser cette influence et laisser à sa femme le temps de s’exprimer, d’être digne, d’être elle-même… »

Meurtre d’un bookmaker chinois (1976)

Avec Ben Gazzara…

Cosmo Vitelli, patron d’une boîte de strip-tease et criblé de dette, est contraint par la Mafia de tuer un bookmaker chinois. C’est le début d’une chasse à l’homme qui va l’entraîner loin. Très loin…

C’est le seul polar de la filmographie de John Cassavetes, qui s’ingénia à casser tous les codes du genre. Par exemple, il suspend l’action par des temps morts. Il a eu l’idée de ce film en parcourant sur Sunset Boulevard, le Sunday strip, le lieu des boîtes de nuit et des cabarets. Comme d’habitude, Il a laissé une très large place à l’improvisation à Ben Gazzara.

Opening Night 3
Opening Night 3 © Orly Films

Opening night (1977)

Avec Gena Rowlands, John Cassavetes, Ben Gazzara

La célèbre comédienne Myrte GORDON est la vedette d’une pièce de Sarah Goode : The Second Woman. Après une représentation à New Haven, Myrte assiste à la mort d’une jeune admiratrice passionnée...

Au sujet de son héroïne, John Cassavetes disait : « je l’imaginais en train de se battre et je me disais : « Pourquoi ne se contente-t-elle donc pas d’être une femme ? Pourquoi n’arrête-t-elle pas de se poser des problèmes, de s’entêter et de ne voir toujours qu’un côté des choses ? Si seulement elle avait le sens de l’humour… ». Je pensais « Sois une femme un point c’est tout. Profite de la vie, amuse-toi, trouve un homme, passez la nuit ensemble... Mais elle s’accroche à ce qui la rend heureuse malgré toute l’hostilité qui l’entoure. Et pour moi, c’est touchant. »

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