Dramaturge, écrivain, dissident politique, emprisonné à de multiples reprises et devenu finalement Président, Vaclav Havel a marqué la fin du XXe siècle en Europe. Il est mort dimanche à 75 ans des suites d’une maladie pulmonaire.

L'artisan de la "Révolution de velours" anti-communiste et chef de l'Etat tchécoslovaque puis tchèque en 1989 à 2003 s'est éteint dans son sommeil à l'aube, dans sa résidence secondaire, située à 150 km de Prague.

Son nom symbolisait à lui seul la chute du Rideau de fer, après des décennie d'un régime que Vaclav Havel qualifiait d'"Absurdistan", mais avant de devenir un homme politique de premier plan, l'homme était un dramaturge célèbre.

Son portrait, avec Christine Siméone

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P havel necro

Né en 1936 dans une famille de la haute bourgeoisie, propriétaire à l'époque des célèbres studios de cinéma de Barrandov à Prague, Havel est tour à tour accessoiriste, éclairagiste, intendant. Sa première pièce est jouée en 1963.

En 1968 , après l'invasion de la Tchécoslovaquie par les chars soviétiques qui marque la fin du Printemps de Prague, Havel est un auteur interdit qui proteste contre l'oppression qui marque la Normalisation.

En 1988, Vaclav Havel est interviewé par Antoine Spire, vingt ans après le Printemps de Prague

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Havel : La philosophie du printemps de Prague

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En 1975 , dans une Lettre ouverte à Gustav Husak (alors secrétaire général du PC), Havel dénonce le « totalitarisme décadent ». En même temps, il participe à la rédaction du manifeste d’un groupe de 240 intellectuels, qui sera rendu public le 1er janvier 1977 et bientôt connu dans le monde entier sous le nom de "Charte 77". Il est également l’un des fondateurs du Comité pour la défense des personnes injustement poursuivies en 1978. Cette activité dissidente lui vaut de nombreux séjours en prison durant lesquels il continue d’écrire.

En 1979 , il est accusé de « subversion ». Cette fois, les autorités lui proposent de quitter le pays. Il refuse : « La solution, explique-t-il, ne consiste pas à s’en aller en laissant les choses telles qu’elles sont. On ne peut chasser de Tchécoslovaquie 15 millions de personnes. » . Il est condamné à quatre ans et demi de prison. Le plus dur est l’interdiction d’écrire, à l’exception d’une lettre par semaine à sa femme. Le recueil des Lettres à Olga , publié clandestinement en 1984, sera un grand succès d’édition à l’Ouest.

Les 8 et 9 décembre 1988 , François Mitterrand se rend en visite officielle en Tchécoslovaquie. Lors de ce voyage, le Président français tient à rencontrer des membres de la Charte 77, dont Vaclav Havel, qu’il invite à l’ambassade de France.

Cette rencontre marque la première reconnaissance officielle de la dissidence tchèque. Pour Vaclav Havel c’est « un geste politique d’une grande importance ».

Havel l'a raconté le 6 mai 1991 à Claude Guillaumin, traduction de Jiri Slavicek

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Havel : Il raconte quand Mitterrand l'a reçu en 88 13h du 6 mai 1991

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En février 1989 , Havel est à nouveau condamné, cette fois à 9 mois de prison ferme, après avoir été arrêté au cours d’un rassemblement interdit à la mémoire de Jan Palach.

Analyse de Pierre Weill dans le journal de 19h d'Alain Bedouet, le 21 février 1989

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Havel : V. Havel condamné à 9 mois de prison. 19h du 21 fév 1989

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Havel devient un représentant de l'opposition intellectuelle tchécoslovaque, très connu dans son pays, mais également reconnu par la communauté internationale.

Le 17 mai 1989 , Havel est libéré après une campagne internationale en faveur du dissident.

Guy Bedos a participé à la campagne. Il répond à François Gonnet

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Guy Bedos sur la libération de V. Havel 19h du 17 mai 1989

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Fin 1989 , c’est la Révolution de velours. Au moment ou le régime s'effondre, Vaclav Havel est porté à la tête du mouvement d'opposition "Forum Civique". Il devient alors un personnage clé et mène les négociations avec les autorités communistes.

Quelques heures après sa poignée de main historique avec le Premier ministre Ladislav Adamec, et l’ouverture de négociations avec le Forum civique, c’est aux coté d’Adamec et de Dubcek qu’Havel s’adresse aux cinq cent mille personnes massées au centre de la capitale. « L’histoire que l’on avait artificiellement arrêtée, s’est remise en marche » proclame Havel.

Laurence Simon est à Prague le 27 novembre 1989

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Havel : Manif reussissant Havel et Dubcek 7h30 du 27 nov 1989

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Havel le 10 décembre 1989 - H 300
Havel le 10 décembre 1989 - H 300 © Reuters / Jim Hollander

« Havel président ! » Une immense clameur s’élève le 10 décembre de la place Venceslas à Prague, lorsque Havel est présenté officiellement par l'opposition pour briguer le mandat de chef de l'État en remplacement du démissionnaire Gustav Husak.

Plus de deux cent mille personnes, que la presse de l’ouest décrit comme « ivres d'espoir, intronisant le célèbre dramaturge au rang de héros national ».

Ce même jour est formé un gouvernent d’entente nationale à majorité non communiste.

Reportage de Jacques Expert place Venceslas, dans le journal de 19h d'Henry Charpentier

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Havel : Nouveau GVT tchèque, Havel acclamé 19h du 10 dec 1989

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Le 29 décembre 1989, après la démission du président Gustav Husak, Havel est élu président intérimaire de la Tchécoslovaquie par l'Assemblée fédérale, composée pourtant à 80% de députés communistes, en attendant les élections parlementaires.

Dans le journal de 13h d'Alain Barbaud, Jacques Expert en direct de Prague, raconte l'émotion de la foule

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Havel élu président 13h du 29 dec 1989

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Au départ, Havel accepte cette fonction à titre intérimaire - son mandat devait expirer 40 jours après les premières élections parlementaires libres -. L’intérim durera 13 ans…

En Juillet 1990 , il est réélu après des élections libres par la nouvelle assemblée fédérale.

L'un de rares échecs de Vaclav Havel, qui le vit comme un échec personnel, est de ne pas avoir réussi à empêcher la partition de son pays que les questions nationales travaillent.

En juillet 1992 , il démissionne, laissant aux premiers ministres tchèque et slovaque, Vaclav Klaus et Vladimir Meciar, le soin d'organiser la division du pays.

La dissolution de la Tchécoslovaquie a lieu le 31 décembre 1992.

En voyage à Paris, Havel parle du futur nom de son pays (journal de 13h du 28 octobre 1992, traduction Annie Daubenton)

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Havel parle du nom du pays après la partition 13h du 28 oct 1992

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Le 27 octobre 1992, au cours de ce même déplacement, Vaclav Havel est reçu comme membre associé étranger à l’Académie des Sciences morales et politiques. Dans son discours Il ne s’agit plus d’attendre Godot il critique sa propre impatience d’homme politique qui voudrait voir l’évolution rapide de son pays.

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« Bien qu'exercé à cette patiente faculté d'attendre qui était celle des dissidents, persuadé de son sens profond, néanmoins pendant ces trois dernières années, donc depuis la paisible révolution anti-totalitaire, je sombrai de plus belle dans une impatience frôlant le désespoir. Je me tourmentais à l'idée que les transformations avançaient beaucoup trop lentement, que mon pays n'avait toujours pas une nouvelle constitution démocratique, que les Tchèques et les Slovaques n'arrivaient toujours pas à s'entendre sur leur co-existence dans un même État, que nous ne nous rapprochions pas assez rapidement du monde démocratique occidental et de ses structures, que nous n'étions pas capables d'assumer sagement le passé, que nous éliminions trop lentement les restes de l'ancien régime et de toute sa désolation morale. Je souhaitais désespérément qu'un de ces objectifs au moins soit réalisé. Pour pouvoir le rayer de la carte comme un problème résolu et donc liquidé. Pour que le travail que j'exerçais à la tête du pays aboutisse enfin à un résultat visible, incontestable, tangible, indéniable, donc à quelque chose d'achevé. (…)

Je constatai ainsi avec effroi que mon impatience à l'égard du rétablissement de la démocratie avait quelque chose de communiste. Ou plus généralement, quelque chose de rationaliste, l'unité des Lumières.

J'avais voulu faire avancer l'histoire de la même manière qu'un enfant tire sur une plante pour la faire pousser plus vite . »

En janvier 1993 , Vaclav Havel est élu pour cinq ans à la présidence du nouvel Etat tchèque. Son second et dernier mandat à la tête de la République tchèque s'achève en février 2003 -la Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat-.

Ces dix années à la tête de la République Tchèque seront marquées par une politique axée vers l'entrée de la République tchèque à l'OTAN et à l'Union Européenne. Havel aura toujours été très européen, dans un pays qui ne l’est pas beaucoup. Favorable à l’intégration de la Turquie, il se décrit comme un__ Don Quichotte , un éternel rêveur, qui aurait voulu une Europe moins administrative et plus ambitieuse et inspirée. Dotée d’un traité que les enfants pourraient apprendre à l’école.

L’œuvre littéraire de Vaclav Havel comprend 13 pièces de théâtre, six essais politiques et les célèbres "Lettres à Olga" écrites de prison à sa femme, emportée au mois de janvier 1996 par un cancer généralisé.

Havel a épousé en secondes noces l'actrice Dagmar Veskrnova qu’il a mis en scène dans son premier film "Sur le Départ".

Des pneumonies mal soignées en prison, puis une perforation intestinale en 1998 et un cancer du poumon sont à l'origine de ses importants problèmes de santé.

En avril 2007 , Vaclav Havel est à Paris pour présenter "A vrai dire - Le livre de l’après pouvoir" (Ed. de l’Aube).

Christine Siméone a rencontré, pour l'émission "Et pourtant elle tourne" de Jean-Marc Four, un Havel très critique envers les eurosceptiques

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Havel donne une conf de presse pour sortie de son livre "A vrai dire" EPET le 14 avril 2007

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Havel portrait
Havel portrait © Radio France / Ministère des affaires étrangères

L’héritage moral de Vaclav Havel, l’homme politique, n’est pas moins important que l’héritage du dramaturge.

Son ami Milan Kundera disait de lui « La vie de Havel est tout entière construite sur un seul grand thème, elle n’a pas le caractère d’une errance, ne connaît pas de changement d’orientation (…) Cette vie n’est qu’une gradation continue et donne l’impression d’une parfaite unité de composition.

De plus, Havel lui-même, me semble-t-il, modèle sa vie avec un plaisir d’artiste, comme un sculpteur sa pierre, en lui donnant progressivement un sens et une forme de plus en plus nets. (…)

La façon dont il a mené la lutte était fascinante, pas seulement du point de vue politique, mais esthétique ». (Le Nouvel Observateur , 14 décembre 1989)

valeria emanuele

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