de Martin ScorseseAvec : Asa Butterfield , Chloé Moretz , Jude Law , Emily Mortimer , Sacha Baron Cohen , Ben Kingsley , Christopher Lee

En tant que cinéaste, j’ai le sentiment que l’on doit tout à Georges Méliès. Et quand je revois ses premiers films, je suis ému, ils m’inspirent, non seulement parce que cent ans après leur création, ils font toujours naître ce frisson lié à l’innovation et à la découverte, mais aussi parce qu’ils font partie des premiers et des plus puissants témoignages de cette forme d’art que j’ai toujours tant aimée, et à laquelle j’ai consacré la majeure partie de mon existence - Martin Scorsese

Dans le Paris des années 30, le jeune Hugo est un orphelin de douze ans qui vit dans une gare. Son passé est un mystère et son destin une énigme. De son père, il ne lui reste qu’un étrange automate dont il cherche la clé - en forme de cœur – qui pourrait le faire fonctionner. En rencontrant Isabelle, il a peut-être trouvé la clé, mais ce n’est que le début de l’aventure...

Martin Scorcese a été récompensé par le Golden Globe du meilleur réalisateur pour ce film

Le film Hugo Cabret est une adaptation du livre L'Invention de Hugo Cabret de Brian Selznick, publié en 2008. "Je me rappelle avoir vu Le voyage dans la lune (1902), le chef-d’oeuvre de Georges Méliès" raconte Brian Selznick. "L’image de cet obus spatial dans le visage lunaire s’est fermement ancrée dans mon imagination. J’avais dans l’idée de raconter la rencontre d’un enfant avec Méliès, mais sans savoir exactement quelle en serait l’intrigue. Et puis les années ont passé. Entretemps, j’ai écrit et illustré plus de vingt livres. En 2003, j’ai découvert le livre de Gaby Wood, Le rêve de l’homme-machine – De l’automate à l’androïde, qui retrace l’histoire des automates, et à ma grande surprise, l’un des chapitres était consacré à Méliès. J’ai tout de suite imaginé un petit garçon fouillant dans une poubelle et dénichant l’une de ces machines cassées. Au début, je ne savais pas qui serait ce garçon, je n’avais même pas son nom… J’ai choisi Hugo pour sa consonance française. Le seul autre mot français que je connaissais était "cabaret" et je me suis dit que Cabret aussi sonnait comme un vrai nom français. Hugo Cabret était né !"

Le choix des comédiens

Hugo Cabret
Hugo Cabret © Radio France / Jaap Buitendijk

Au moment de choisir les acteurs qui camperaient les différents personnages, Martin Scorsese a pris une décision : "J’ai choisi des acteurs anglais pour la plupart des rôles, et j’utilise l’accent britannique comme s’il faisait partie de l’univers des personnages. Même si le cadre de l’histoire est le Paris de 1931, il s’agit d’un monde rêvé, d’une réalité sublimée, et jouer sur l’accent contribue au décalage." Trouver l’acteur qui jouerait Hugo a été le plus difficile. Âgé de 12 ou 13 ans, c’est le rôle phare du film car il apparaît dans la majorité des scènes. Martin Scorsese se souvient : "Asa Butterfield a lu deux scènes et m’a immédiatement convaincu. Avant de prendre ma décision, j’ai regardé Le garçon au pyjama rayé . Vera Farmiga, qui jouait avec lui dans ce film et avec qui j’avais travaillé sur Les infiltrés , m’a parlé de lui et m’a dit qu’il était très, très doué." Afin de pouvoir passer l’audition pour le rôle d’Isabelle, la filleule de "Papa Georges" et de "Maman Jeanne", l’actrice américaine Chloë Grace Moretz a dû adopter une sorte de déguisement. Martin Scorsese raconte : "J’auditionnais quelques jeunes actrices anglaises, puis Chloë est arrivée, et s’est mise à parler avec l’accent britannique, j’ai donc cru qu’elle était anglaise, comme les autres. À ce stade, nous faisions passer les auditions aux acteurs par deux pour les rôles d’Hugo et Isabelle, et le duo Asa-Chloë fonctionnait remarquablement. Il y avait quelques autres acteurs qui nous intéressaient, nous avons essayé plusieurs combinaisons, mais cela ne fonctionnait pas aussi bien. Non seulement Asa et Chloë allaient bien ensemble, mais leur manière de jouer s’accordait aussi parfaitement. Chacun s’appuyait sur le jeu de l’autre, tout en ayant une personnalité bien distincte."

Hugo Cabret
Hugo Cabret © Radio France /

Le personnage du chef de gare a été légèrement modifié pour le film, comme l’explique Martin Scorsese : "Nous avons demandé l’autorisation à Brian Selznick d’étoffer ce rôle, parce que je ne voulais pas qu’il représente uniquement la peur, le méchant juste bon à effrayer et attraper le garçon. Je souhaitais qu’il ait un peu plus d’épaisseur, et j’ai pensé qu’en travaillant avec Sacha Baron Cohen on pourrait y arriver."

Pour le rôle clé de Georges Méliès, "Papa Georges", le réalisateur n’a pas cherché longtemps. Martin Scorsese commente : "J’ai toujours voulu travailler avec Ben Kingsley. J’ai enfin eu cette chance avec Shutter Island , sur lequel nous avions noué de très bonnes relations de travail. C’est un acteur exceptionnel, l’un des meilleurs. Je n’ai même pas besoin de le dire… Il suffit de regarder son travail. Son éventail de rôles, son adaptabilité. À chaque fois que je regardais la photo de Georges Méliès, il n’y avait qu’une certitude dans mon esprit : Ben serait parfait pour le rôle." Ce qui importait encore plus à Ben Kingsley que la ressemblance, c’était l’interprétation physique de cet homme sur le déclin. Martin Scorsese raconte : "J’ai été très impressionné par la technique de Ben. Il a trouvé une façon de bouger, de se déplacer, qui rendait palpable l’échec qui accable cet homme… Comme si son corps avait été vaincu. Tout cela après avoir été un homme plein de vie, après avoir tourné 500 films, trois par semaine, le tout en donnant des spectacles de prestidigitation le soir et en tournant la journée. Méliès avait créé une toute nouvelle forme d’art et puis soudain, il a perdu tout son argent, il a mis le feu à son stock de films et a fini derrière le comptoir d’un magasin de jouets dans un coin retiré de la gare Montparnasse."

Hugo Cabret
Hugo Cabret © radio-france /

Pour le rôle clé du père d’Hugo, Martin Scorsese devait trouver un acteur capable d’incarner la bonté et la seule affection que le garçon ait jamais reçue, et ce, en très peu de scènes. Martin Scorsese commente : "J’avais travaillé avec Jude Law une seule fois, pour le rôle d’Errol Flynn dans Aviator . Je l’avais aussi trouvé vraiment formidable au théâtre dans "Hamlet". Il est tellement unique ! Il incarne l’autorité et le charme nécessaires pour le rôle du père d’Hugo. J’adorerais pouvoir retravailler avec lui pluslonguement." Jude Law confie : "Je connaissais le livre pour l’avoir lu à mes enfants. Mais du coup je l’ai relu, j’en ai parlé avec eux, je leur ai demandé comment ils percevaient le personnage du père. J’ai également discuté avec un horloger, puis je me suis intéressé aux automates. J’avais donc de bonnes notions quant à la manipulation des objets et des outils, et s’il y avait des références au matériel, je savais de quoi il était question. Mon ambition première était de créer une parenthèse enchantée dans la vie d’Hugo, puisque la majorité de l’histoire se déroule pour lui dans une atmosphère bien plus hostile. Je voulais que tout le monde réalise qu’il avait été aimé. Cela m’a semblé très important d’utiliser ma propre expérience en tant que père dans ce rôle."

Le tournage

Afin de recréer l’atmosphère du Paris du début des années 30 tel qu’il est perçu par Hugo, un personnage de fiction, Martin Scorsese s’est efforcé, selon ses termes, de "trouver le juste milieu entre mythe et réalité". Il a fait appel à la documentaliste Marianne Bower. Celle-ci a pris soin de respecter l’authenticité de cette période, à l’aide de photographies, de documents et de films d’époque. Les départements créatifs travaillant sur le film ont ainsi étudié quelque 180 films de Georges Méliès, soit environ 13 heures de visionnage, ainsi que ceux de René Clair et Carol Reed, cinéastes d’avant-garde des années 20 et 30. Ils ont également visionné les films des frères Lumière et les films muets des années 20 afin de se familiariser avec le cachet des films de l’époque. Mais ces recherches ne se sont pas limitées aux films, les équipes ont aussi étudié les photographies de Brassaï (pseudonyme du photographe hongrois Gyula Halász qui a immortalisé le Paris de l’entre-deux-guerres) afin de s’imprégner de l’atmosphère des rues de Paris, du style vestimentaire et des attitudes des Parisiens.Bien que certaines scènes aient été tournées en extérieur, la majorité a été filmée en Angleterre, aux studios de Shepperton, où le chef décorateur Dante Ferretti a dirigé la construction de l’univers d’Hugo. Les décorateurs ont ainsi reproduit une gare grandeur nature avec toutes ses boutiques. Martin Scorsese commente : "La gare d’Hugo est un amalgame de plusieurs gares parisiennes de l’époque. Par ailleurs, le Paris d’Hugo Cabret ne prétend pas représenter la vérité historique de Paris en 1931, mais plutôt notre idée de ce qu’était la ville à cette période."

hugo cabret
hugo cabret © Radio France / Jaap Buitendijk

Une fois terminé, le décor du hall principal de la gare mesurait plus de 45 mètres de long, 36 mètres de large et 12 mètres de haut. La création de ce vaste espace a permis à Martin Scorsese et à son directeur de la photographie, Robert Richardson, de filmer la circulation et l’animation de la gare ainsi que l’entrelacement des histoires comme agencées dans le scénario de John Logan, y compris la poursuite haletante entre le chef de gare et Hugo.

Entamé en juin 2010 près de Londres, le tournage s'est poursuivi à Paris, pour quelques jours, en août 2010. Pour l'occasion, certaines pièces de la Sorbonne ainsi que certaines parties de la bibliothèque Sainte-Geneviève ont été redécorées à la mode des années 30. Même chose pour le square Louis-Jouvet et la place Edouard VII, situés dans le 9ème arrondissement, qui, eux aussi, ont eu droit à ce relooking exceptionnel.

Scorcese
Scorcese © radio-france / Jaap Buitendijk

Pour l'anecdote, à la manière d'Alfred Hitchcock, Martin Scorsese fait une brève apparition dans Hugo Cabret.... dans le rôle d'un photographe.

Exposition événement

Hugo Cabret
Hugo Cabret © radio-france /

Visite guidée et commentée par Clive Lamming suivi par la visite de l'Orient Express qui sera exceptionnellement à quai ce mardi 6 décembre, Gare du Nord. (Horaire pour la visite : 14h) .

L'exposition sera ensuite sur les grilles de la gare de l'Est du 7 au 14 décembre 2011.

Livres

Hugo Cabret
Hugo Cabret © radio-france /

Les secrets de tournage de Hugo Cabret

Pour tous ceux qui ont aimé le livre et le film, prolongez le plaisir. Des photos du tournage, des portraits-interviews de l’auteur Brian Selznick, du cinéaste Martin Scorsese et des acteurs du film, les scripts… et des pages sur l’histoire des automates, du cinéma français, du magicien de l’image George Méliès, etc…

Hugo Cabret - Le livre
Hugo Cabret - Le livre © radio-france /

L'invention de Hugo Cabret

Plongez au cœur du Paris des années 30, à l’époque de la mécanique , des trains à vapeur, des horloges anciennes, des automates, des premiers cinématographes, de la magie de Méliès et de la science fiction de Jules Vernes, et suivez au fil des pages et des illustrations de Brian Selznick, les aventures de Hugo Cabret…

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