Rétrospectivement, on a un peu de peine pour Tao Zhao la jeune actrice chinoise qui est montée sur scène aux environs de 16h30 aux côté de son metteur en scène Jia Zhangke. Elle nous a expliqué qu’elle avait n’avait pas encore vu « I WISH I KNEW », le film dont elle était la « vedette »

Jia Zhangke
Jia Zhangke © Radio France

et qu’elle était donc impatiente de le découvrir en notre compagnie… Deux heures et vingt minutes plus tard, on se dit qu’elle a peut-être été un peu déçue de se découvrir aussi peu présente à l’écran et dans le seul rôle d’une figure aussi récurrente que fantomatique. Mais après tout, on se dit que Cannes vaut bien pour une actrice cette petite déception. Jia Zangke nous expliqua, lui, qu’il avait vu et revu son film plus de cent fois avant de le finaliser ! C’est en fait un nouveau documentaire de ce cinéaste chinois qui oscille désormais entre fiction (« THE WORLD » en 2005) et documentaire comme aujourd’hui avec ce superbe travail autour de la l’histoire de la ville de Shangai depuis les années 30. Au total, dix-huit personnes se souviennent pour nous d’une partie de leur vie liée à cette ville. Dix-huit destins particuliers. Dix-huit moments d’Histoire aussi. Et singulièrement de l’histoire communiste et des purges successives. Récits parfois douloureux, parfois drôles comme ce témoignage d’un apprenti trader chinois. Qu’ils soient cinéastes ou politiciens, révolutionnaires ou réactionnaires, les témoins, interrogés par le cinéaste dans des décors qui eux aussi racontent une histoire, tissent les fils d’un portrait d’une capitale en peine mutation. A la veille de l’Exposition universelle, ce film prend une dimension plus que singulière. D’un récit fragmenté, on reconstitue peu à peu la forme et l’identité d’une ville qu’on connaît peu ici. C’est l’immense beauté de ce documentaire que de passer par ces histoires plurielles pour nous faire toucher du doigt le ou les passés plus précisément de Shangai. Présenté dans la sélection « Un certain regard », ce « I WISH I KNEW » se dévore comme un livre d’histoires que JIa Zhangke met en scène à l’aide d’une caméra presque caressante, jamais pesante et qui prend le temps d’observer les visages aussi bien que les objets, les chantiers, les immeubles, les trains,… Quant aux regards croisés tout au long de ce film envoûtant, ils continuent de vivre dans la mémoire du spectateur définitivement heureux de cette rencontre avec quelques personnages remarquables.

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