"Un petit boulot" sera sur les écrans le 31 août. C'est l'adaptation avec Romain Duris d'un des romans de Iain Levison. Cinéma, édition, Brexit, entretien sans langue de bois.

Iain Levison
Iain Levison © Maxppp / PHOTOPQR/LE PROGRES

Iain Levison est un écrivain américain d'origine écossaise. Agé de 53 ans, il a vécu aux Etats-Unis, finançant ses études avec des petits boulots. Il aime  rappeler qu'il a exercé jusqu'à 42 emplois dans plusieurs états américains. En 2001, il publie ces Tribulations d'un précaire, puis des "polars" humoristiques, dont l'objet est surtout de dépeindre la vie des petites gens et les injustices sociales. L'éditrice Liana Levi l'a fait connaître en France,  et désormais il a acquis dans l'hexagone  succès et  reconnaissance. Deux des ses livres sont portés à l'écran. Deux autres intéressent également : François Cluzet a acquis les droits d'Une canaille et demie, et Jan Kounen travaille à l'adaptation de Trois hommes, deux chiens et une langouste.

Le 31 août sur les écrans, sort Un petit boulot, réalisé par Pascal Chaumeil avec Romain Duris. Le scénario et les dialogues sont signés Michel Blanc. Ainsi se retrouve transposé dans un cité industrielle belge à l'abandon les aventures  surréalistes d'un chômeur imaginées par Iain Levison dans un décor américain.  On n'est plus dans le Wisconsin, mais en Europe, avec des personnages franchouillards. Ce chômeur, Jacques (Romain Duris), va devenir tueur à gages à la demande d'un caïd en costard, alias Michel Blanc.  Les répliques sonnent très cinéma-français-genre-Les -Bronzés,  mais les auteurs ont gardé  cette phrase que Levison a mise dans la bouche de son héros : "L'économie c'est la souffrance, les mensonges, la peur et la bêtise, et je suis en train de me faire une niche."

Romain Duris, qui joue ce naïf devenant rusé, endosse toutes les invraisemblances de l'histoire en souriant. Le scénario ne se pique d'aucune crédibilité mais on rit parce que les répliques fonctionnent et parce qu'on se surprend à vouloir la réussite de cet honnête tueur. Son histoire n'est pas plus immorale que celle de ceux qui dirigent le monde.

Entretien avec Iain Levison

Votre livre Arrêtez-moi là  a été adapté au cinéma et montré début 2016. Le 31 août sort sur les écrans Un petit boulot. Comment expliquer que vos livres plaisent aux cinéastes français ?

Je n'ai pas d'explication pour cela. J'aime voir mes livres transformés en films. C' est un vrai plaisir, de voir quelque chose que vous avez imaginé dans une petite pièce en Caroline du Nord, projetée sur un grand écran à Paris. Cela m'a donné l'occasion de rencontrer des gens talentueux et énergiques. Ce sont de belles aventures.

Vos livres sont disponibles en France plus qu'aux Etats-Unis. Quelle explication donnez-vous à cela?

Je ne cherche pas à publier aux États-Unis plus largement. Cela n'en vaudrait pas la peine. Je n'aime pas la façon dont les éditeurs et agents traitent les écrivains, comme si nous commercialisions un produit. Si vous appelez un éditeur et vous lui dites: "Je suis un écrivain établi et je viens de terminer un livre " , il ne demandera pas de quoi parle le livre, ou quel est le projet de l'auteur. Il dira : " Combien d'exemplaires avez-vous vendu de votre dernier livre ?". Les éditeurs n'utilisent même pas le mot "livre", ils parlent d'"unités". L'idée ne vient pas aux éditeurs américains de se demander si j'ai écrit un bon livre, ils veulent savoir combien d'argent je vais générer pour eux. Cela se comprend ce sont des entreprises. Mais il y a dix ans, ils prétendaient encore se soucier de littérature. Maintenant, ils n'en prennent plus la peine. Donc, je ne m'embête plus avec ces gens-là.

Est-ce que ce succès a changé votre vie, apporté une plus grande stabilité, ou même une autre vision du monde ?

Non les choses n'ont pas beaucoup changé pour moi, en tout cas, pas autant que vous pourriez le penser à titre personnel.

Par ailleurs, la plupart des problèmes sociaux que j'évoque dans mes livres ont tendance à empirer. Je ne pensais pas quand je ai écrit Tribulations d'un précaire, il y a près de seize ans, que les choses seraient bien pire à l'avenir. Maintenant, je regarde en arrière sur la fin des années 90 avec nostalgie.

Vous venez en septembre pour le Festival America. Qu'est-ce que ce festival pour vous?

C'est la troisième fois que je suis invité au Festival America. J'aime les festivals, parce qu'ils sont une chance de rencontrer des lecteurs et parler de mes idées à un public en direct. L'écriture est une activité très solitaire, et les gens que je côtoie  aux États-Unis ne sont pas des "littéraires". America  est donc une excellente occasion d'échanger sur la littérature.

Vous êtes origine écossaise. Le Brexit vous a-t-il affecté ?

Je ne peux pas le croire. Le Brexit est la chose la plus stupide que j'ai jamais vue. Pourquoi, au nom de Dieu  laisser le grand public peser sur un accord commercial? Avez-vous lu les commentaires sur Youtube? Ces gens vont concevoir une  politique commerciale nationale ? C'est insensé.  David Cameron s'est trompé sur toute la ligne. Bon débarras pour lui, l'idiot. Mais maintenant, il a détruit des milliers de pensions de personnes dans le but d'assurer son propre pouvoir personnel.  Les démocraties occidentales sont dans une véritable crise terrible leadership. Les Camerons, les Clinton, les Trumps, jouent à Game of Thrones et se fichent éperdument de ce qui se passe dans les pays qu'ils dirigent.

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Iain Levison était l'invité de Kathleen Evin dans l'Humeur Vagabonde en octobre 2015  http://bit.ly/2aLGJ1h

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