Comme je n’ai pas vu « Safari » le film d’Olivier Baroux avec Kad Merad (triple merci à l’attaché de presse de ne pas m’avoir invité aux projections de presse… si j’en crois bon nombre de mes confrères..), je vais vous parler avec plaisir de « Nulle part terre promise » d’Emmanuel Finkiel qui sera en salles mercredi prochain.Après Costa-Gavras (« Eden à l’Ouest) et Philipe Lioret (« Welcome »), Finkiel (le réalisateur du magnifique « Voyages ») nous parle à son tour et à sa façon surtout de ces migrants qui prennent la route pour ce qu’ils croient être un monde meilleur. J’ai dit ici même les grandes réserves que m’inspirent et le film de Costa et celui de Lioret. Il en va tout autrement pour celui de Finkiel. Loin de fictions emberlificotées ou d’histoires sentimentales déplacées, il filme au plus près des destins qui sont autant de solitudes et de vies difficiles parce qu’errantes : un clandestin kurde et son petit garçon, une étudiante amoureuse mais solitaire qui s’est donné pour mission de filmer la misère, un jeune cadre stressé, seul et perdu lui aussi et que l’on a chargé de mener à bien la délocalisation d’une usine française en Hongrie. Ainsi va ou ne va pas l’Europe, semble nous dire Finkiel. Ainsi vont ou ne vont pas les Européens d’aujourd’hui. Et ceux qui voudraient le devenir. On est dans le constat mais jamais dans le jugement. Finkiel montre et démonte, mais ne démontre pas. Il filme des moments, des lieux, passe de l’un à l’autre avec un sens consommé de la rupture. Au silence monumental d’une place de Budapest fait écho le bruit assourdissant d’une gare berlinoise. Les différents miroirs qu’il nous tend n’ont rien d’aimable. Ils sont résolument âpres et amers. « Nous aimons mieux les figures douces et suaves » aurait dit George Sand avec raison. Oui, nous préférerions que la vie soit comme un parfum ou un arôme décidément et définitivement suaves. Mais, Finkiel nous rappelle à l’ordre des choses en quelque sorte. Alors, l’alternative est simple. Soit on sort de son film en disant que manifestement tout est foutu. Soit on décide d’en faire le moteur d’un sursaut dont le mot d’ordre serait : «La vie sera suave ou ne sera pas ! » Tout ensuite est affaire de volonté. La première étape sera par conséquent d’aller voir « Nulle part, terre promise » le nouveau film d’Emmanuel Finkiel.La phrase du jour ? Intérieur. Chambre à coucher. Nuit.Annie et Alvy sont couchés dans l’obscurité de la chambre.Annie : M’m. C’était agréable, vraiment agréable.Alvy : Et comme disait Balzac…Annie : M’m ?Alvy : … « Et voilà encore un roman de moins ! » (Ils rient)Tu as été formidable.Annie : Oh, ah, oui ?Alvy : OuiAnnie : Oui ?Alvy : Oui, je suis… je suis… lessivé.Annie (elle rit) : Lessivé ? (elle le regarde un peu mieux et rit). Oui, tu es lessivé.Alvy (poursuivant) : oui, vraiment. Je t’assure. Je… je ne pourrai plus toucher un piano de ma vie.Extrait de « Annie Hall » réalisé par Woody Allen sur un scénario co-écrit avec Marshall Brickman, interprété par Diane Keaton (Annie) et Woody Allen (Alvy)

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