A l'occasion du 70e anniversaire de la libération d'Auschwitz le 27 janvier, France inter s'intéresse à cinq films, cinq façons de montrer l'horreur nazie durant la Seconde guerre Mondiale. Ce que les armées américaine, soviétique et britannique ont filmé. Ce que les cinéastes Alain Resnais ou Emil Weiss en ont fait.

Roman Karmen filme les survivants du camp de Maidaken en aout 1944
Roman Karmen filme les survivants du camp de Maidaken en aout 1944 © Radio France
### Des images pour un procès - Nuremberg

Au procès de Nuremberg, deux films sont projetés, l'un américain, l'autre soviétique, pour faire preuve des atrocités nazies . Plus que n'importe quel mot, les images tournées les troupes libératrices décrivent l'horreur du système concentrationnaire .

Affiche du film "Nuit et Brouillard"
Affiche du film "Nuit et Brouillard" © Radio France
### Des images pour le public - une mémoire pour demain

Dix ans après la fin de la guerre, Alain Resnais est désigné par les autorités françaises pour réaliser un film documentaire illustrant les horreurs de la guerre. Nuit et Brouillard sortira à la fin de l'année 1955, comme le premier jalon d'une mémoire collective à entretenir.

Samuel Fuller
Samuel Fuller © Radio France / Emil Weiss
### Le fantassin reporter

Soldat de la célèbre Big Red One , Samuel Fuller filme la libération du camp de Falkenau en Tchécoslovaquie . Il attendra plus de 40 années avant de commenter ses propres images pour le réalisateur Emil Weiss.

la mémoire meurtrie
la mémoire meurtrie © Radio France
### La mémoire meurtrie

Produit par Sidney Bernstein en 1945 à l'initiative des autorités britanniques, le film Memory of the Camps rassemble des images d'archives des armées libératrices. Le montage, inachevé, est l'oeuvre du réalisateur Alfred Hitchcock. Une version restaurée de ce document longtemps resté inconnu sera diffusée cette année, à l'occasion du 70e anniversaire de la fin de la guerre.

Affiche de "Shoah"
Affiche de "Shoah" © Radio France
### Shoah , une histoire de l'indicible

A rebours de ses prédécesseurs, ce document unique du réalisateur Claude Lanzmann ne montre aucune image d'archives. Les atrocités du système concentrationnaire nazi sont illustrés par les témoignages des acteurs de la shoah, les victimes, mais aussi leurs bourreaux.

La découverte des camps

Le 27 janvier 1945, les Soviétiques libèrent le camp de concentration d’Auschwitz . Il n’y reste que 7 000 survivants, incapables de marcher, abandonnés là par les nazis. Les lieux sont en grande partie évacués depuis le 18 janvier lorsque les soldats SS ont contraint 60 000 détenus à une dernière « marche de la mort ».

Le processus de libération des camps nazis commence en juillet 1944 : l’Armée Rouge découvre alors le camp de Maïdanek en Pologne, puis en novembre l’armée américaine entre dans celui de Natzwiller-Struthof, en Alsace annexée par le IIIe Reich . A l'approche des troupes alliées, les Allemands ferment de nombreux camps, tentant au passage de détruire les traces de leurs crimes : archives, photographies, films, bâtiments.

Les rails qui mènent au camp d'Auschwitz2
Les rails qui mènent au camp d'Auschwitz2 © corbis

Les atrocités nazies dans l'objectif des caméras

Mais les armées libératrices parviennent à filmer l’enfer des camps de concentration et des camps de la mort : les amoncellements de cadavres, les entassements de mourants. Soviétiques, Américains ou Britanniques font appel pour cela aux compétences de cinéastes professionnels, comme John Ford. Ils forment au sein de leurs troupes des opérateurs, équipés et mandatés pour enregistrer des images documentaires

Images d'archives : témoins aux destins multiples

Quelles images les uns et les autres ont-ils recueilli à la libération des camps nazis ? Comment les cinéastes ont-ils choisi d’évoquer ces atrocités?

Ces images ont été récupérées, sonorisées (souvent il n’y avait pas de son, et en tout cas pas de commentaires ou d’entretiens construits), les pays se les sont réappropriées, les ont commentées, à chaque fois dans des buts différents, à chaque fois pour raconter l’histoire de manière différente et adaptée à leurs enjeux.

Les Russes n’ont pas fait de distinction sur le traitement réservé aux juifs, et cela a été reproché également au film d’Alain Resnais Nuit et Brouillard . Par ailleurs, Américains et Soviétiques n’ont pas filmé les mêmes choses, car ils n’ont pas découvert les mêmes choses.

L'après Nuremberg

Après le procès de Nuremberg , où deux documents cinématographiques furent projetés, d’autres films sont venus se construire au fil du temps, la pensée humaine faisant son chemin pour tenter de comprendre : Nuit et Brouillard d’Alain Resnais en 1955, le film de Samuel Fuller et Emil Weiss en 1987 Falkenau, vision de l'impossible , sans oublier Shoah , de Claude Lanzmann. Cette œuvre, fruit de 10 ans de recherches, figure dans ce dossier par son opposition sur la manière de conserver la mémoire.

> Pour aller plus loin :liste non exhaustive d'ouvrages et de liens internet.

Dossier réalisé par Christine Siméone, La Documentation de Radio France (Maria Contreras, Annelise Signoret, Catherine Barbry, Marianne Jolly), Arnaud Racapé.

Chronologie de la libération des camps

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