Tomboy
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Oui, la censure artistique, ça fait toujours mauvais genre et singulièrement quand il s'agit de refuser l'idée même de débats et de questionnements sur les genres masculin et féminin, imaginez un peu le tableau dans toute sa bêtise ! Mise à la une du "Monde" de ce jour, l'affaire est simple : des milieux traditionnalistes experts en agit-prop sociétale demandent le retrait pur et simple du film TOMBOY de Céline Sciamma du programme d'éducation artistique "Ecole et Cinéma". Avec, hélas, quelques succès déjà : sous la pression des parents d'élèves, certains professeurs ont déprogrammé ce beau film. A contrario, plusieurs enseignants qui, eux, ont montré le film à leurs élèves, peuvent témoigner de l'intérêt qu'il représente et de l'absence de problèmes dans les réactions des "jeunes" spectateurs.

Il n'est pas besoin de rentrer dans le débat lui-même : pour ou contre la théorie des genres. Ce n'est ni le lieu, ni le sujet, ni même d'ailleurs le sujet du film. Comme si c'était la première fois qu'au cinéma on montrait un personnage de "garçon manqué", comme on dit. Comme si ce film était un documentaire militant, alors qu'il est une belle œuvre de fiction sensible et intelligente qui, à partir d'un caractère donné, raconte et dit des choses fort pertinentes sur l'adolescence, la famille, l'amitié, les garçons, les filles, etc. Bref, on cherche à censurer un bel objet cinématographique qui loin d'asséner des vérités toutes faites permet à un public d'adolescents notamment la découverte d'un film d'auteur qui ne les prend pas pour des imbéciles décérébrés. Mais, c'est peut-être cela d'ailleurs qui motive nos censeurs : le front bas de la bête s'accommode toujours mieux des ténèbres de l'esprit.

Il est de toute première nécessité que les ministères de la Culture et de l'Education, soit les deux tutelles concernées, redisent haut et fort qu'ici et maintenant la liberté des créateurs ne peut se fracasser sur le mur des débats d'idées qui traversent l'espace public. Sont-ils si peu assurés d'eux-mêmes ces adeptes du ciseau pour avoir peur de la discussion ? Et puis, à ce compte-là, pourquoi, à titre d'exemple récent, ne demandent-ils pas l'interdiction de "Guillaume et les garçons à table" dont le propos doit leur sembler bien trouble et bien peu "catholique", n'est-ce pas ? On devrait rire de ces Savonarole à la petite semaine et les laisser s'agiter. Seulement voilà, à force de crier, ils finissent par troubler des esprits jusque-là apaisés. Rien de plus dangereux en fait que ces agitateurs qui préfèrent l'anathème à la dispute et qui brandissent la morale comme d'autres un fusil. Ils chassent en meute ces femmes et ces hommes qui ne font jamais le pari sur l'intelligence mais se contentent de penser en rond. Jusqu'au jour où ils se lèvent et décident qui doit voir quoi et de quoi on doit parler sur l'agora. Ni démocrates, ni à fortiori républicains, ils incarnent tout simplement ce vieux monstre multiséculaire qu'on appelait autrefois la tyrannie. Leur genre à eux ? Il est radicalement transgenre et s'appelle le sommeil de la raison.

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