Presque un mois sans écrire, une honte… Non, une paresse ou plutôt pour tout dire une panne d’inspiration dont il serait peut-être un peu trop facile de prétendre qu’elle correspondait à un manque d’appétit pour des sorties cinématographiques sans grand intérêt. D’une fin d’année au début de l’autre, tout change ou presque. Du moins, l’appétit revient-il. Avec une fiction et un documentaire. Avec « Incendies » de Denis Villeneuve. Et avec « Deux de la vague » d’Emmanuel Laurent. Borgès a écrit un jour qu’il était certain pour sa part qu’Homère avait lu Proust (oui, la phrase est dans le bon sens…). En voyant « Incendies » et en connaissant sa fidélité à la pièce de théâtre adaptée, on se dit que le dramaturge québécois et contemporain Wajdi Mouawad a été lu par Eurpide et Sophocle sans parler de Shakespeare. Cette circularité du temps littéraire, un temps hors du temps par conséquent, indique combien ce texte est universel. Oui, « Incendies » aurait pu être joué à Delphes en son temps. Oui, les spectateurs athéniens ou des siècles plus tard les Londoniens sujets d’Elisabeth auraient trouvé dans ce texte leur content d’identification et de catharsis efficaces. Oui, en renouant avec ce théâtre-là, « Incendies » renoue avec la jeunesse de ce monde, avec l’Antiquité par conséquent. Avec ce qui fait l’essence même du spectacle. Il me revient en mémoire un autre spectacle vu au Festival d’Avignon, il y a plusieurs années : « Pièces de guerre » du britannique Edward Bond admirablement montées par Alain Françon et jouées impeccablement par Clovis Cornillac, Carlo Brandt et Valérie Dréville, entre autres. On y trouvait les mêmes questions essentielles que chez Mouawad. Le même contexte de guerre, le même lieu non déterminé parce qu’universel, la même humanité défaite et défunte. Les mêmes drames et déchirements enfin. Et aujourd’hui, en sortant de la salle de cinéma, l’effet est identique ou presque. C’est dire si le cinéaste Denis Villeneuve a réussi son impossible pari : adapter pour le cinéma un texte hors norme. Il réussit ce tour de force en faisant confiance et au cinéma et au théâtre. Il utilise les deux sans jamais délaisser l’un au profit de l’autre. Tout ici fait sens et image à la fois. On ne sort pas indemne de ce film-là. Les réalités humaines, terriblement humaines qu’il nous renvoie sont autant de claques difficiles à recevoir. On aimerait que tout soit plus aimable, moins sombre. Et finalement on songe au « siècle tragédie » chanté par Aragon et l’on se dit que c’est toujours le même malheur recommencé. Evidemment « Incendies » ne dit rien d’autre. On peut toujours fermer les yeux devant ce spectacle, mais voilà ni Villeneuve ni a fortiori Mouawad ne chantent pour passer le temps. Et qu’y peuvent-ils si le monde ouvert à leur fenêtre n’en finit pas de déchaîner des cris et des bouches glacées de terreur renouvelée ? L'humanité réside toute entière dans les mots de et les images des deux auteurs. L’onde de choc de ces « Incendies » n’en finit pas. On verra demain pour « Deux de la vague ». mais sachez d’ores et déjà que ce documentaire sur le couple Truffaut-Godard mérite tous les éloges et les enthousiasmes.

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