Oui, décidément, propageons « Incendies » et soyons, une fois n’est pas coutume, des pyromanes heureux et fiers de l’être. Ici-même et à plusieurs reprises dans « On aura tout vu », le film de Denis Villeneuve aura fais les frais de notre enthousiasme pour cette œuvre âpre et forte qui plonge son spectateur dans une intranquillité déjà ressentie l’année passée avec « Vénus noire » ou en ce début d’année avec « Post mortem ». Autant de films qu’on ne saurait regarder distraitement tant ils nous bousculent. Vous avez été nombreux samedi dernier à manifester votre accord en nous écrivant sur le site de l’émission via franceinter.com. Et je ne résiste pas au plaisir d’un petit florilège de vos réactions : « Mais bien sur, « Incendies » est le meilleur film qu’on ait vu depuis quelques mois ! Tous ceux qui l’on tvu autour de moi sont de mon avis ! » (Aimée M.) « Bravo pour la publicité de ce film magnifique, « Incendies », oui il faut le voir et le revoir. » « Je viens de vous entendre pour vous interroger sur la raison du manque de fréquentation du film « Incendies ». Je l’ai vu : c’est une ouvre puissante, magistrale, bouleversante. Une tragédie cinématographique. Mais c’est un film dur, parfois à la limite du supportable. J’ai failli quitter la salle lors de la scène dans la prison où la mère chante pour couvrir les cris de ses co-détenus. J’en ai encore des frissons… Il est très dur à voir, et pas à la portée de tout le monde. Voilà pourquoi il est peu vu : il demande du courage ! C’est suffisamment rare pour être souligné… » (Laurie H.) « J’ai vu « Incendies ». J’en suis sortie totalement anéantie… beau film, magnifique interprétation parfaite. » (Marie M.) « Ce film nous a profondément marqués. Nous l’avons recommandé, mais il a été très vite retiré de l’affiche. Depuis, les films que nous avons vus nous semblent de piètre intérêt, l’envie de cinéma en prend un coup ! Rendre les spectateurs exigeants ne serait sans pas rentable pour les Mégas-Coca-pop-corns ! » (Christine) « Concernant le film « Incendies », je dois vous dire que je n’avais pas été « remuée » aussi profondément depuis longtemps ! Aussi, je l’ai conseillé à tous mes amis. » Solange S.) « Un grand MERCI pour nous avoir conseillés d’aller voir « Incendies » ce samedi. Aussitôt dit, aussitôt fait : super ! Insistez encore ! » (Clarisse M.) « Merci ! Sur vos conseils, nous sommes allés voir « Incendies » et nous le conseillons maintenant autour de nous. Malheureusement, dans notre ville, il n’est plus programmé qu’une seule fois par jour. Ce film mériterait réellement plus de publicité et de programmation. » (Marie-Anne S.) Et dans tout ce courrier, pas une lettre « contre » ! Juste une légitime plainte, relayée par d’autres depuis : « Comment voulez-vous que ce film grimpe au box office puisqu’il n’est sorti que dans dans 90 salles dans toute la France. J’habite près d’Hyères et il faut que je fasse 100 kms. pour aller le voir à Marseille ! Je ne comprends pas la distribution des films en France. De gros navets sont dans toutes les salles ! Expliquez-moi, svp ! » (Annie B.) Et de fait, on se dit que souvent des films qui auraient besoin de plus d’écrans et de plus de temps pour s’installer et toucher leur public sont mort-nés ou presque, sacrifiés sur l’autel des 10 à 15 nouveaux films qui sortent chaque semaine en France. Et pourtant, peut-on se plaindre d’une abondance qui rend jaloux les cinéphiles de tous les autres pays européens condamnés à subir eux une pression américaine bien plus forte encore sans production nationale capable de l’atténuer. Mais, il appartient à chaque cinéphile d’engager le dialogue avec « son » exploitant local. Il faut réclamer un film comme on réclame un livre à son libraire. La démarche est plus lourde, nul ne l’ignore. Mais rien ne se fera sans une capacité des spectateurs-cinéphiles à aller au delà des récriminations : ils peuvent assurément se mobiliser et créer, au moins avec le réseau des salles indépendantes et classées « Art et Essai », le mouvement nécessaire à ce que l’envie de voir tel ou tel film ne se fracasse pas définitivement sur le mur d’une distribution de masse. Les bons chiffres de fréquentation du cinéma français affichés l’an dernier ne doivent pas masquer des réalités plus sombres quant à la bonne santé des salles moyennes et petites ». Ce maillage du territoire, unique en son genre à travers le monde, ne doit pas être mis en danger par des courants de concentration trop prononcés. Or, si ces salles, pour leur survie économique, ne doivent pas être privées de l’accès à certains films générateurs de recettes, il convient qu’avec l’active participation des cinéphiles avides de tout voir, elles proposent en permanence la diversité et la visibilité des films dits « fragiles », soit un adjectif parfaitement méprisant pour désigner tout simplement des œuvres qui, l’instar d’ « Incendies » proposent un regard sur le monde forcément nécessaire.

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