En 1981, "Les aventuriers de l'Arche perdue" sort dans les salles obscures et le public découvre Indiana Jones, aventurier, archéologue et héros hollywoodien. Héros ? Vraiment ? C'est le débat qu'a fait apparaître, entre autre, la série Big Bang Theory en 2013.

Indiana Jones, Les aventuriers de l'Arche perdue de Steven Spielberg - 1981
Indiana Jones, Les aventuriers de l'Arche perdue de Steven Spielberg - 1981 © AFP / Archives du 7eme Art / Photo12

Un Fedora, un pistolet, une barbe de trois jours et un fouet... Il est archéologue et aventurier dans l'Amérique des années 30. Il s'appelle Jones. Indiana Jones. Comme James Bond, ce personnage est très facilement identifiable du grand-public. Et ce n'est pas anodin puisqu'il est né de la frustration de Steven Spielberg de ne pouvoir réaliser un épisode des aventures du plus célèbres des espions de sa majesté.

Plusieurs papas ont soufflé sur son berceau, en plus de Steven Spielberg : George Lucas (père de Star Wars), Lawrence Kasdan (scénariste des Star Wars) et Philipp Kauffman (qui travaille actuellement sur le scénario du 5e épisode de la franchise Indiana Jones). Le premier épisode, Les Aventuriers de l'Arche perdue, est sorti en 1981. Si vous ne l'avez jamais vu, le film est ainsi résumé par la série animée des Bunnies :

C'est un succès qui ne se démentira pas pour les décennies à venir. Tout a été dit sur les coulisses de tournage, les secrets, les clins d'oeil et les références cachées. Mais en 2013, la série Big Bang Theory soulève un lièvre.

Dans l'épisode "Raiders minimization", Sheldon qui est un des héros geek de la série, projette à sa copine Amy les premières aventures d'Indiana Jones qu'il porte aux nues. Pourtant, malgré l'enthousiasme de son compagnon qui a vu le film 36 fois, Amy émet une critique qui claque comme un coup de fouet :

C'était très divertissant malgré le flagrant problème d'histoire... Indiana Jones ne joue aucun rôle à la fin de l'histoire. Même si il n'était pas dans le film, ça finirait exactement de la même façon... S'il n'était pas dans le film, les Nazis trouveraient quand même l'Arche d'alliance, l'auraient emmenée sur l'île et seraient tous morts en l'ouvrant. 

Pire, c'est Indiana Jones qui dans le film fournit l'Arche involontairement aux Nazis en descendant dans le "puits des âmes", sur un chantier de fouilles en Egypte, contre l'avis de ceux qui protègent le secret. Il se refuse à la détruire plutôt que de laisser les Méchants s'en emparer et l'embarquer pour une île de la mer Égée. 

Alors Indiana Jones est-il réellement le héros de l'histoire ?

Avec l'Arche, nous nous trouvons dans un cas évident de MacGuffin, théorisé par Alfred Hitchcock et mis en scène dans un des films fétiches de Spielberg : Citizen Kane d'Orson Welles. Un MacGuffin est une astuce narrative qui sert de prétexte à l'histoire. Comme la luge de Rosebud dans le Citizen Kane ou la malette dans Pulp Fiction. L'Arche d'Alliance est un MacGuffin pour raconter les aventures d'Indiana Jones. Pourtant c'est bien elle qui déjoue, par sa puissance divine, les forces du mal. Et Indiana Jones, lui ne fait que baisser les yeux.

Seul le pénitent pourra le passer

Frédérick Sigrist, producteur de l'émission Blockbuster a consacré sa première émission de l'été à l'oeuvre de Spielberg. Et pour lui, Indiana Jones tient du héros biblique.

Dans L'Arche perdue, il est la main du destin. Il déterre l'Arche, refuse de la détruire et quand les Nazis s'en emparent, elle les réduit à néant. Il ne cède pas à la folie de dominer le monde en prenant possession de l'Arche. Dans le Temple maudit, il laisse les pierres sacrées au peuple qui garde le temple plutôt que de les emmener avec lui. Dans la Dernière croisade, il ne prend pas le Saint Graal avec lui et le laisse tomber dans les abîmes, sur les injonctions de son père qui tente de sauver son fils. Indiana Jones n'est pas un pilleur de tombe. Il accepte son rôle de spectateur. Un héros humble comme on en fait plus.

Le héros de la vérité

L'archéologie est la recherche des faits, pas de la vérité. Si c'est la vérité que vous cherchez, la classe de philosophie du professeur Tyree est au bout du couloir.

C'est ainsi que le professeur Jones explique le métier d'archéologue à ses élèves, dans Indiana Jones et la dernière croisade. En 2016, pour les fiches du bac de philo, Thibaut de Saint-Maurice nous apprenait qu'Indy était un aventurier de la vérité. Les scénaristes nous indiquent, à travers son personnage que la connaissance est une aventure trépidante. Comme Tintin, qui est une des inspirations d'Indiana Jones, il ne croit pas que le monde est tel qu'il apparaît et part donc à l'aventure pour voir ce qu'il y a derrière. Indiana n'a pas peur de l'action, et celle ci est même le moteur de son travail. Il est un militant de la connaissance par l'action. 

Il est figure pragmatiste de la vérité comme l'a conçue le philosophe William James : la vérité dépend avant tout de son processus de vérification. Elle doit s'appuyer sur des faits. Indiana Jones refuse de ressembler à son père, Henry, incarné par Sean Connery qui a choisi la vie contemplative.

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