Bien entendu, on pourrait parler d’un autre sujet. Les sujets de cinéma, ça ne manque pas. Par exemple, on pourrait s’étonner de ne pas avoir été invité aux projections de presse forcément existantes de « Cineman », le nouveau film de Yann Moix, avec Franck Dubosc. Je pourrais d’autant plus m’en étonner que j’ai gardé un bon souvenir de « Podium » du même Yann Moix (il est vrai sans Dubosc mais avec Poelvorde, ce qui est bien différent…). Et alors des soupçons viendraient sur la relative qualité du film en question que l’on cacherait plus ou moins à la presse, du moins à certains journalistes soupçonnés par avance de mauvais esprit… Mais, non tout cela n’est pas sérieux, il doit s’agir d’une banale perte de courrier. Le résultat est là : je n’ai pas vu Franck Dubosc dans « Cinéman ».Autre exemple, je pourrais vous dire ce que j’ai pensé du nouveau film de Jean-Pierre Jeunet, « Micmacs à tire-larigot ». Vous parler longuement de son scénario paresseux qui ne débute réellement qu’au bout d’une heure, soit quarante petites minutes avant le mot Fin. Vous dire qu’à force de fréquenter la rubrique-à-brac du loufoque et du farfelu, Jean-Pierre Jeunet patine un peu dans une semoule sépia vaguement nostalgique des années 50 (et un de plus, un !) et finalement trop neutre en bouche ! . Seulement voilà, à deux jours de la sortie du nouveau film d’Alain Cavalier, « Irène », il y a plus urgent à faire. Je ne connais pas encore le nombre de salles dans lequel il sera programmé mercredi prochain. Mais le chiffre n’aura rien à voir avec les 800 copies environ des deux fils précités. C’est normal me direz-vous. « Irène » est un film à part. Il ne peut toucher un large public. C’est vrai, l’amour, la passion, la mort, le souvenir, la mémoire, ce sont des sujets marginaux ! Mais non, évidemment… Ce que raconte et montre Alain Cavalier pourrait toucher « n’importe qui » si le « n’importe qui » en question n’était pas saturé d’images insignifiantes au sens propre du terme tout au long de la journée. Pour en revenir à Cavalier, il faudrait oublier ce flot obscène et voyeur d'images défilantes et accepter le chuchotement contre les hurlements, le temps qui passe contre l’instant mortifère, le souvenir contre le zapping, le chagrin contre l’apitoiement, le silence contre le bruit et la phrase contre le mot. Pas facile de lutter contre l’air de son temps. C’est pourtant ce que nous propose Cavalier et sa pavane pour une amante défunte. Sans faire de bruit précisément, avec des mots simples et murmurés et des images quotidiennes, le « filmeur » comme il se nomme lui-même, nous donne à voir, à entendre, à regarder. Si l’on sort sonné de la projection d’ « Irène », c’est parce qu’il s’agit bel et bien d’une expérience : ou comment faire remonter à la mémoire le souvenir perdu ou passé, comment convoquer ce qui reste de vivant dans ce qui n’est plus, bref comment vivre et vivre encore et vivre toujours ?« Irène » d’Alain Cavalier sort en France dans certaines salles de cinéma (alors forcément belles et intelligentes et fréquentables) le mercredi 28 octobre 2009.Ah ! ça ira !La phrase de la nuit ?« Un sage avec lenteur doit tout approfondir. »Marie-Joseph Chénier, « Nathan le Sage »

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