Isabelle Huppert est de retour sur la Croisette. Elle a monté les marches du Palais des festivals, ce lundi soir, pour le film "Frankie" d'Ira Sachs, présenté en compétition. La comédienne a parlé de son rôle avec Corinne Pélissier.

Isabelle Huppert (ici en 2018) est de retour sur la Croisette pour le film Frankie d'Ira Sachs, présenté en compétition.
Isabelle Huppert (ici en 2018) est de retour sur la Croisette pour le film Frankie d'Ira Sachs, présenté en compétition. © Maxppp / Wostok Press / Franck Castel

FRANCE INTER : Dans le film "Frankie" vous jouez le rôle d'une actrice qui est condamnée par la maladie. Le plus important à ce moment-là, dans le film, c'est qu'elle soit entourée des siens, mais pas que. Comment avez-vous envisagé ce rôle ?

ISABELLE HUPPERT : "Je n'ai pas vraiment envisagé le rôle, j'ai envisagé de tourner un film avec Ira Sachs. J'ai envisagé de me laisser porter dans cette aventure. C'est un film particulier, je trouve. Pour moi, comme actrice et aussi comme spectatrice, parce que c'est un film où j'ai appris beaucoup de choses en le découvrant à la projection. Des choses que je n'avais pas mesuré quand je le jouais. Je le pressentais, mais j'avais tellement le sentiment de "ne rien jouer"... 

Car c'est aussi ce que demande Ira Sachs aux acteurs : qu'ils soient débarrassés de toutes les scories, des béquilles, des ingrédients qui constituent un personnage. Très vite, il m'a fait comprendre qu'il ne voulait pas d'ironie, pas de second degré, là où éventuellement j'aurais pu en mettre, parce qu'il y a parfois des moments drôles, mais les moments drôles se suffisent à eux-mêmes, il n'a pas besoin de les indiquer, il n'a pas besoin que les acteurs les indiquent. C'est assez extraordinaire comme il ne se repose sur rien."

C'est un film qui ne dit rien et qui dit tout.

"Ça je le sentais, mais de sorte que j'avais vraiment l'impression de ne rien faire, de passer de bonnes vacances, pour moi, au Portugal, à Sintra, dans un paysage sublime et qu'il utilise à merveille dans ce drame, car il y a quelque chose de dramatique et de menaçant dans cette nature très belle, très apaisante mais aussi très menaçante parfois."

Il n'y a pas de pathos et pourtant on a vraiment l'impression qu'elle est libérée. Tout est très beau, l'instant est bien choisi avec sa famille, la nature est magnifique, elle est sublime. C'est rare, cette manière d'aborder ce sujet-là. 

"Oui c'est le moins que l'on puisse dire ! On a l'impression d'une grande sérénité, d'un grand courage, admirable. Ça me fait penser à ces personnages tragiques. C'est Antigone dans la manière qu'elle a d'aller vers la mort. Il y a ça dans le film d'Ira Sachs. Mais je n'ai pu le formuler qu'en voyant le film et pas pendant que je le tournais, car au contraire, le réalisateur demandait le plus de simplicité possible."

C'est un film qui n'est jamais mélodramatique, qui n'est jamais sentimental, qui est parfois extrêmement émouvant étant donné le sujet, et il y a une force d'âme, une grandeur. C'est tout à fait incroyable comme Ira Sachs fait cohabiter ça.

"Il y a une certaine "pompe" dans les mots, si on dit qu'on joue un personnage de tragédie, pourtant il y a ça, mais dans une extrême délicatesse, il aussi une chose extrêmement ténue, ça me fait penser aux films japonais, aux films d'Ozu."

Dans 'Frankie' ou 'Greta' (le film de Neil Jordan qui sortira en juin), dans ces deux films très différents, on voit des facettes de vous qu'on n'a jamais vues aussi profondément. 

"Dans 'Frankie' d'une manière très surprenante oui. Ça m'a donné le sentiment de ce que j'étais dans les films de Godard, ça m'a ramenée à ça, à 'Sauve-qui-peut la vie', un peu à 'Passion' aussi. À ce sentiment de ne rien faire, d'être extrêmement minimaliste." 

Il n'y a pas de personnages, pas de jeu, il n'y a rien, et à l'arrivée, il y a tout parce qu'il y a la force d'un sujet, il y a une histoire très forte, c'est vraiment le pouvoir du cinéma et comme l'utilise extraordinairement Ira Sachs. Il faut faire confiance à ce pouvoir du cinéma.

"C'est quelque chose que j'ai observé dans les films de Godard, mais aussi dans d'autres films : tout d'un coup, on a le sentiment qu'il y a cette force tellement extraordinaire du cinéma. Alors du coup, un rayon de soleil, un bout de montagne, une silhouette qui marche et puis une histoire qu'on nous raconte et ça suffit pour raconter tellement de choses au spectateur. Ça suffit, on n'a pas besoin d'autre chose."

Aller + loin

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