On lui doit "Le Tombeau des lucioles", "Mes voisins les Yamada" ou encore "Le Conte de la princesse Kaguya". Cinéaste engagé, il avait créé en 1985 le célèbre studio d’animation Ghibli avec Hayao Miyazaki… Le réalisateur Isao Takahata est décédé jeudi 5 avril. Il était âgé de 82 ans.

Isao Takahata en 2010 à Tokyo
Isao Takahata en 2010 à Tokyo © AFP / Tomonori Iwanami / Yomiuri / The Yomiuri Shimbun

Isao Takahata est né en 1935 à Ujiyamada (aujourd’hui Ise) au Japon. Après des études de littérature française à l'université de Tokyo, il se passionne pour l’œuvre du poète Jacques Prévert, et plus largement pour la France, où il voyage très souvent et qui finira par l'honorer en le faisant officier de l'ordre des Arts et des Lettres en 2015.

Des studios Toei à la création de Ghibli

En 1959, le jeune homme rejoint la société de production Toei, notamment par intérêt pour l’animation qu’il a découvert avec le Roi et l’Oiseau, le film de Paul Grimault inspiré de La Bergère et le ramoneur d’Hans Christian Andersen, qui doit son scénario à Jacques Prévert. 

La même année, Hayao Miyazaki est à son tour embauché par Toei. Les deux hommes se rencontrent au travers d’activités syndicales et deviennent amis presque immédiatement. Leurs deux parcours seront désormais liés jusqu'à la fin. 

Ensemble, ils réalisent leur premier film en 1968, Horus, prince du soleil. Un premier long-métrage qui a failli être un coup d'arrêt pour les deux hommes, puisqu'il ne rencontre qu'un succès mitigé. Déçus par le cinéma, ils se tournent alors vers la télévision, moins contraignante, moins risquée (notamment financièrement).

Les deux hommes travaillent ensemble sur la première série animée Lupin III (en France Edgar de la Cambriole, que Miyazaki déclinera plus tard en film avec Le Château de Cagliostro), adaptée d'un manga à succès au début des années 70. Puis sur une autre série, Heidi, la petite fille des Alpes (1974). Vous vous en souvenez peut-être comme d'une série mignonnette qui se confond avec les autres productions nippones de l'époque. Et pourtant, la série est remarquable et mérite d'être dépoussiérée. Isao Takahata en est le réalisateur, Miyazaki est en charge du lay-out. Takahata s’y illustre par son perfectionnisme : "Même les pains représentés dans Heidi ont été dessinés après des recherches approfondies", note Toshio Suzuki.

Douceur et cruauté, tristesse et poésie

En 1984, tous deux dirigent le long-métrage Nausicäa de la vallée du vent, qui les amènera à créer le studio Ghibli en 1985, avec le producteur Toshio Suzuki. S’ensuivent vingt-six créations qui ont rencontré un succès planétaire… En France, le grand public connaît surtout les films de Miyazaki, au style graphique marqué et cohérent de film en film : Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro (Ours d'or)

Il a beau être l'aîné du duo, Isao est bien plus dissipé et plus espiègle que son cadet Hayao. Capable d'adopter aussi bien un trait plutôt comique, avec des personnages disproportionnés et déformés (dans Kié, la petite peste), qu'un style très réaliste (avec Omoide Poroporo) ou un parti-pris artistique risqué (les aquarelles vivantes du Conte de la Princesse Kaguya)

Variations sur le style mais aussi sur le fond, puisqu'il pouvait conter aussi bien des histoires amusantes et toutes simples du quotidien (Mes Voisins les Yamada)...

...que des fresques historiques bouleversantes (Le Tombeau des Lucioles, conte cruel autour du traumatisme d'Hiroshima, de Nagasaki et de la guerre en général, que Takahata avait lui-même vécu en fuyant les bombardements américains dans son enfance en 1945)...

...ou des aventures délirantes au cœur de la mythologie japonaise (Pompoko).

Une œuvre universelle, pacifique et écolo

Mais si l'on devait trouver un fil rouge à cette œuvre des plus éclectiques, ce serait sans doute un pacifisme profondément ancré, et même activement militant. Proche du Parti communiste japonais, il avait participé en personne au mouvement d'opposition aux lois sécuritaires de Shinzo Abe en 2015.

Il a cofondé avec d'autres réalisateurs le groupe Eigajin, pour la défense du fameux article 9 de la Constitution japonaise, celui qui proclame que le pays renonce à toute ambition guerrière (une position régulièrement remise en question, notamment à cause du turbulent voisin nord-coréen). Il a aussi pris position, en 2011, pour la sortie du nucléaire après la catastrophe de Fukushima.

Isao Takahata laisse derrière lui une œuvre majeure, dont la plus grande réussite est probablement d'avoir réussi à toucher des spectateurs de tous âges et de tous pays. D'avoir été capable de les faire rire de bon cœur ou pleurer à chaudes larmes, parfois les deux tour à tour dans un même film. D'avoir, à partir d'histoires souvent typiques du Japon et parfois très personnelles, su communiquer des émotions universelles. C'est la marque des grands.

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